La décision de suspendre les activités académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire situés dans les zones contrôlées par le M23, notamment à Goma et à Bukavu, continue de susciter des réactions dans l’opinion publique. Dernière réaction en date, celle du chercheur en relations internationales à l’Université de Kinshasa, Kasereka Kiza Omer, qui estime que cette mesure crée davantage de problèmes qu’elle n’apporte de solutions.
Dans une interview accordée à la RTEE Kivu ce jeudi 27 août 2026, cet analyste juge la décision contraire, selon son appréciation, aux principes constitutionnels qui consacrent le droit à l’éducation. Il estime notamment que la suspension pénalise principalement les étudiants et leurs familles, sans pour autant atteindre directement les responsables de la situation sécuritaire.
Pour Kasereka Kiza Omer, les autorités devraient plutôt envisager des solutions permettant aux étudiants de poursuivre leur formation malgré le contexte sécuritaire. Il propose notamment la délocalisation temporaire des établissements concernés vers les zones sous contrôle du gouvernement.
Selon lui, cette option devrait être accompagnée d’une prise en charge des frais académiques des étudiants concernés, afin de leur permettre de poursuivre leurs études sans supporter davantage les conséquences financières de la crise.
Le chercheur en relations internationales à l’Université de Kinshasa estime ainsi que la suspension générale des activités académiques risque de produire des effets particulièrement lourds sur les étudiants et leurs familles. Il préconise plutôt une réponse qui permette de préserver la continuité de l’enseignement :
« Cette décision de suspendre les activités académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire situés dans les zones sous contrôle des rebelles pose énormément de problèmes. À mon avis, elle ne constitue pas la meilleure réponse à la situation actuelle, parce qu’elle risque de sanctionner davantage les innocents que les véritables responsables de la crise. Les étudiants, leurs parents et l’ensemble de la communauté universitaire se retrouvent aujourd’hui pénalisés alors qu’ils ne sont pas responsables de la situation sécuritaire. Si l’objectif est de faire pression sur les groupes armés, il faut trouver des mécanismes qui permettent d’atteindre directement les responsables, sans compromettre l’avenir de milliers de jeunes qui ont besoin de poursuivre leur formation. Nous pensons donc qu’il aurait été plus approprié d’envisager la délocalisation temporaire de ces établissements vers les zones qui sont sous le contrôle effectif du gouvernement. Les étudiants pourraient ainsi poursuivre leurs cours dans un environnement sécurisé, au lieu de voir leur parcours académique interrompu. Le gouvernement devrait également réfléchir à la prise en charge des frais académiques de ces étudiants, puisqu’ils subissent déjà les conséquences d’une situation qu’ils n’ont pas provoquée. Il faut préserver le droit à l’éducation et éviter que la crise sécuritaire ne crée une génération de jeunes dont les études auront été durablement perturbées. Nous devons donc rechercher des solutions qui garantissent à la fois la sécurité et la continuité de l’enseignement supérieur », estime Kasereka Kiza Omer.
Pour cet expert, la continuité de l’enseignement supérieur doit rester une priorité, même dans un contexte marqué par l’insécurité. Il appelle ainsi les autorités à privilégier des mesures alternatives permettant de protéger les étudiants tout en maintenant les activités académiques.
Cette réaction intervient après l’arrêté du ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire suspendant les activités académiques dans les zones contrôlées par le M23. La mesure a également été suivie de la suspension du paiement des rémunérations de certains membres du personnel administratif des établissements concernés.
Dossier Moïse Ndungo depuis Butembo