RDC : "le chanvre un matériau de construction bioclimatique et innovant, il est temps d'abandonner le débat de la rue et de le rendre aux grands esprits", analyse du chercheur Kabambi Kananga Yves Cél

RDC : "le chanvre un matériau de construction bioclimatique et innovant, il est temps d'abandonner le débat de la rue et de le rendre aux grands esprits", analyse du chercheur Kabambi Kananga Yves Cél

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Ghislain Lukambo

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Alors que l’initiative du ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, en faveur de la culture du chanvre suscite depuis plusieurs jours des réactions contrastées, notamment à Butembo, le chercheur architecte Kabambi Kananga Yves Célestin appelle à dépasser les polémiques et à ouvrir un débat fondé sur les données scientifiques. Selon lui, le chanvre ne doit pas être réduit à ses usages illicites : cette plante peut également fournir des matériaux biosourcés destinés à la construction, avec des propriétés particulièrement intéressantes pour les régions tropicales et montagneuses.

Dans son analyse, le chercheur architecte estime que le débat public autour du chanvre gagnerait à distinguer la plante elle-même de ses différents usages. Il rappelle que certaines matières premières peuvent avoir des utilisations multiples, y compris dans des secteurs économiques et industriels parfaitement légaux. Pour lui, le chanvre s’inscrit notamment dans la recherche actuelle de matériaux de construction plus écologiques, performants et adaptés aux conditions climatiques locales.

« Le chanvre n’est pas seulement une plante que l’on doit regarder sous l’angle de la drogue. Dans le domaine de l’architecture et de la construction, il constitue aujourd’hui un matériau bioclimatique, biosourcé, composite et émergent. Associé à des liants naturels, il permet notamment de produire ce qu’on appelle le béton de chanvre. Ce matériau présente des propriétés très intéressantes en matière d’isolation thermique et acoustique. Sa microporosité lui permet également de réguler l’humidité : lorsqu’il y a beaucoup d’humidité dans l’air, il peut absorber une partie de la vapeur d’eau et la restituer lorsque l’environnement devient plus sec. C’est une caractéristique particulièrement intéressante pour des régions comme Butembo, où nous avons un climat tropical humide de montagne. L’idée est de pouvoir construire des bâtiments qui conservent mieux leur confort thermique sans dépendre excessivement de la climatisation, tout en réduisant la consommation énergétique et en valorisant des ressources locales. Nous devons donc regarder le chanvre comme une matière première pouvant entrer dans une véritable économie de construction durable et résiliente. Le débat ne devrait pas être basé uniquement sur les perceptions ou les rumeurs, mais sur les possibilités scientifiques, techniques et économiques qu’offre cette plante. », explique Kabambi Kananga Yves Célestin, chercheur architecte, dans une interview accordée à la RTEE Kivu.

Selon cet expert, le béton de chanvre et les panneaux issus de cette plante peuvent notamment être envisagés dans une architecture privilégiant l’efficacité énergétique, l'isolation et la gestion naturelle de l'humidité. Il estime que cette approche pourrait présenter un intérêt particulier dans les zones où les conditions climatiques imposent des solutions adaptées aux variations de température et d’humidité. Le chercheur reconnaît toutefois que l’existence d’usages détournés du chanvre ne peut être ignorée. Il estime néanmoins qu’il serait scientifiquement réducteur de condamner l’ensemble des utilisations d’une plante en raison de certains usages illicites. Il compare cette situation à celle d’autres produits ou matières premières qui peuvent être utilisés à des fins différentes selon le contexte.

« Le problème n’est pas la plante en elle-même, mais l’usage que l’homme peut en faire. Nous connaissons des produits qui ont une utilité économique, alimentaire ou industrielle et qui peuvent malheureusement être détournés. Cela ne signifie pas que nous devons rejeter toutes leurs applications. Le chanvre possède des possibilités dans plusieurs domaines, notamment en médecine, en pharmacie et aujourd’hui dans la construction. Nous devons donc éviter de transformer une question scientifique et économique en simple débat de rue. Si nous voulons parler de son introduction ou de son développement en RDC, il faut mettre autour de la table les chercheurs, les agronomes, les architectes, les ingénieurs, les spécialistes de la santé, les juristes et les autorités compétentes, afin d’étudier les conditions dans lesquelles cette filière peut être développée et encadrée. Notre communauté doit pouvoir distinguer les usages licites des usages illicites et ne pas refuser une possibilité de progrès simplement parce qu’il existe des risques de détournement. C’est justement à la science et à la réglementation de permettre de tirer profit des avantages tout en réduisant les risques. », poursuit Kabambi Kananga Yves Célestin.

Cette prise de position intervient alors que l’annonce portée par le ministre Muhindo Nzangi Butondo sur la promotion de la culture du chanvre continue de susciter des réactions dans plusieurs milieux. À Butembo, une partie de la communauté manifeste notamment son hostilité au projet, dans un contexte où le chanvre est fortement associé, dans l’opinion publique, à la consommation de substances psychoactives.

Pour le chercheur, cette controverse devrait plutôt constituer une occasion d’organiser une réflexion scientifique sur les différentes possibilités qu’offre cette plante, mais également sur les mécanismes nécessaires pour encadrer sa production, sa transformation et ses différents usages.

Le débat sur le chanvre en RDC se trouve ainsi à la croisée de plusieurs enjeux : agriculture, santé, réglementation, économie, innovation et construction durable. Kabambi Kananga Yves Célestin invite les scientifiques à participer davantage à ce débat afin que les décisions publiques reposent sur des données vérifiables plutôt que sur les rumeurs ou les considérations émotionnelles.

Ghislain Lukambo, depuis Butembo

Tags : # Actualité # Nord-Kivu # RDC

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