Le secteur minier dans la province du Maniema suscite une vive indignation au sein de la société civile, qui dénonce ce qu’elle considère comme une exploitation anarchique des ressources naturelles de la province. Selon plusieurs acteurs citoyens, le Maniema se transforme progressivement en un « terroir sans maître », livré à des exploitants étrangers et africains qui opèrent dans plusieurs territoires, au mépris, selon eux, des textes légaux qui encadrent l’exploitation des minerais en République démocratique du Congo.
Des ressortissants de différentes nationalités, notamment des Chinois, des Indo-Pakistanais, certains Européens ainsi que des Africains venus notamment du Ghana et de Tanzanie, sont cités par ces acteurs comme étant présents dans différents carrés miniers de la province. Cette situation alimente une forte frustration parmi les communautés riveraines, jusqu’à provoquer récemment le pillage de biens appartenant à des exploitants ghanéens dans des carrés miniers situés à Kailo.
Pour les organisations de la société civile, la situation ne peut plus être considérée comme un simple problème local. Elles estiment que l’exploitation des ressources minières doit respecter les lois congolaises, préserver les intérêts des communautés locales et contribuer au développement de la province. Elles dénoncent également l’attitude des autorités qu’elles accusent de laisser perdurer ces pratiques malgré les plaintes exprimées par les populations. La tension observée à Kailo, avec le pillage des biens appartenant à certains exploitants ghanéens, est ainsi présentée comme une conséquence de l’accumulation de frustrations au sein des communautés riveraines.
« Ce qui se passe aujourd’hui au Maniema est extrêmement préoccupant. Notre province est en train de devenir progressivement un terroir sans maître, où les ressources minières sont exploitées dans plusieurs territoires par des personnes venues de différents horizons, notamment des Chinois, des Indo-Pakistanais, certains Européens, mais aussi des ressortissants africains du Ghana et de la Tanzanie. Nous ne sommes pas contre la présence des investisseurs ou des exploitants étrangers, mais nous exigeons que toute activité minière soit réalisée dans le strict respect des lois de la République. Lorsque les communautés constatent que leurs ressources sont exploitées sans qu’elles bénéficient réellement des retombées et que les règles ne sont pas respectées, cela crée naturellement de la frustration. Le pillage des biens des exploitants ghanéens à Kailo est condamnable, mais il doit également être compris comme le résultat d’une colère qui ne cesse de monter dans les communautés riveraines », a déclaré un acteur de la société civile du Maniema, dans une intervention recueillie par notre rédaction.
Les acteurs de la société civile dénoncent par ailleurs ce qu’ils décrivent comme une absence de contrôle efficace des activités minières. Ils affirment que les pratiques décriées se déroulent au vu et au su des autorités tant provinciales que nationales. Ils demandent ainsi un contrôle sérieux des carrés miniers, la vérification des titres et autorisations d’exploitation ainsi que l’application effective des dispositions légales relatives au secteur minier. Pour eux, les ressources naturelles du Maniema doivent avant tout profiter à la population et contribuer au développement des communautés locales, plutôt que d’alimenter des intérêts particuliers.
« Nous appelons les autorités provinciales et nationales à prendre leurs responsabilités. On ne peut pas continuer à assister à l’exploitation des minerais dans les sept territoires du Maniema sans un contrôle suffisamment efficace. Il faut vérifier qui exploite, dans quelles conditions, avec quels titres et quelles autorisations, mais aussi déterminer ce que les communautés locales gagnent réellement de cette exploitation. Nous condamnons également les actes de pillage commis par la population, parce que la colère ne peut pas justifier la destruction ou le vol des biens d’autrui. Mais les autorités doivent comprendre que lorsque les populations se sentent abandonnées et voient leurs ressources partir sans bénéficier des retombées attendues, la frustration finit par produire des réactions dangereuses. Il faut donc agir maintenant, rétablir l’ordre, faire respecter la loi et garantir une exploitation minière qui profite réellement au Maniema et à la République démocratique du Congo », a ajouté cet acteur de la société civile, dans la même intervention.
La situation observée à Kailo apparaît ainsi comme un nouveau signal d’alerte sur les tensions liées à l’exploitation des ressources minières au Maniema. La société civile appelle à une intervention urgente des autorités afin de prévenir de nouveaux incidents entre les communautés et les exploitants miniers.
Les acteurs citoyens insistent enfin sur la nécessité de privilégier les mécanismes légaux pour résoudre les différends et éviter que les frustrations liées à l’exploitation minière ne débouchent sur de nouvelles violences ou des actes de pillage.
Alumba Roger, depuis Kindu