Comme à chaque saison sèche, plusieurs milliers de Kasaïens quittent leurs milieux d’origine pour se rendre principalement au Katanga et à Kinshasa, à la recherche de meilleures conditions de vie. Cette année, ce mouvement de population prend une ampleur qui inquiète certains observateurs, préoccupés par les conséquences sociales et économiques de cet exode. À Mbujimayi, l’Association diocésaine des intellectuels catholiques, ADICAD, entend ouvrir le débat à travers un colloque consacré à cette question. La rencontre devra dégager des pistes de solutions urgentes pour freiner ce phénomène.
En attendant ces assises, le président de l’ADICAD, Symphorien Ndjibu, dénonce l’indifférence des grandes personnalités originaires de l’espace Kasaï face à cette situation. Chaque saison sèche entraîne des déplacements importants de populations du Kasaï vers d’autres régions du pays. Le Katanga et Kinshasa figurent parmi les principales destinations de ces migrants qui partent à la recherche d’emplois, d’activités commerciales et de meilleures conditions de vie. Cette année, l’ampleur du phénomène suscite davantage d’inquiétudes au regard des difficultés économiques auxquelles restent confrontées les populations dans leurs milieux d’origine.
À Mbujimayi, l’ADICAD veut réunir des intellectuels, des acteurs sociaux et d’autres parties prenantes autour de cette problématique. Le colloque annoncé devra analyser les causes profondes de cet exode et proposer des solutions capables de créer davantage d’opportunités dans l’espace Kasaï afin de réduire le départ massif des populations.
Pour le président de cette association, l’ampleur prise par le phénomène exige une réaction collective et urgente. Symphorien Ndjibu déplore notamment le silence de certaines personnalités disposant d’une influence politique, économique et sociale dans l’espace Kasaï.
« Nous constatons avec beaucoup de préoccupation que, chaque année, nos frères et sœurs quittent massivement le Kasaï pour aller chercher leur survie ailleurs. Aujourd’hui, ce phénomène prend une ampleur qui doit interpeller toutes les grandes personnalités de notre espace. Nous ne pouvons pas rester indifférents pendant que notre population se vide progressivement à la recherche du bien-être dans d’autres provinces. Il est temps que les responsables politiques, les intellectuels, les opérateurs économiques et toutes les personnes qui ont une capacité d’action se mobilisent pour chercher des solutions durables. Le Kasaï doit être capable d’offrir des conditions qui permettent à sa population de vivre et de travailler dignement chez elle », déclare Symphorien Ndjibu, président de l’ADICAD, dans des propos recueillis par Franck Mbambi Tshikungwila, permanent de la RTEE Kivu sur place.
Le colloque annoncé à Mbujimayi devra ainsi constituer un cadre de réflexion sur les facteurs qui favorisent cet exode saisonnier. Les organisateurs souhaitent notamment identifier les secteurs susceptibles de créer des emplois et de retenir les jeunes et les familles dans leurs milieux d’origine. L’ADICAD estime que la réponse à cette situation doit dépasser les simples constats. Elle appelle à des initiatives concrètes en matière d’agriculture, d’entrepreneuriat, d’emploi et d’investissement local, afin de permettre aux populations de trouver des moyens de subsistance dans l’espace Kasaï.
« Nous voulons que le colloque permette de dépasser les discours et de dégager des pistes de solutions concrètes et urgentes. Il faut comprendre pourquoi nos populations sont obligées de partir chaque saison sèche et examiner ce que nous pouvons faire pour inverser cette tendance. Nous interpellons particulièrement les grandes personnalités de l’espace Kasaï : leur responsabilité est engagée. Nous ne pouvons pas continuer à assister à cet exode comme s’il s’agissait d’un phénomène normal. Il faut créer des conditions économiques et sociales qui donnent à nos populations l’espoir de rester et de construire leur avenir ici », ajoute Symphorien Ndjibu, président de l’ADICAD, dans des propos recueillis par Franck Mbambi Tshikungwila.
L’initiative de l’ADICAD intervient donc dans un contexte où la mobilité saisonnière des populations devient une préoccupation croissante dans l’espace Kasaï. Le colloque de Mbujimayi devrait permettre aux participants de formuler des recommandations destinées aux autorités et aux différents acteurs du développement.
Franck Mbambi Tshikungwila, permanent de la RTEE Kivu à Mbujimayi.