À l’occasion de la Journée internationale de commémoration des personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions, célébrée chaque 22 août, la RTEE Kivu s’intéresse au vécu de certaines personnes ayant subi des conséquences professionnelles et sociales à la suite de la scission entre l’Église catholique et le mouvement religieux Jésus Prince de la Paix, aujourd’hui appelé Sion. Parmi les personnes concernées, certaines affirment avoir perdu leur emploi dans des structures liées à l’Église catholique après avoir choisi de rejoindre ce mouvement, tout en disant avoir maintenu leur conviction religieuse.
Selon les éléments recueillis par la RTEE Kivu, plus de 5 000 fidèles catholiques avaient été concernés par cette rupture, à la suite d’une décision de l’évêque du diocèse de Butembo-Beni. Ces fidèles étaient notamment accusés de s’être écartés de la foi et de la vision défendues par l’Église catholique.
Au-delà de la dimension strictement religieuse de cette séparation, ses conséquences auraient également touché la vie professionnelle de certains membres. Des personnes qui travaillaient dans des écoles ou entreprises liées à l’Église catholique auraient ainsi été contraintes de quitter leurs fonctions après leur adhésion au mouvement Jésus Prince de la Paix.
Rencontrées par la RTEE Kivu à l’occasion de cette journée consacrée aux personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions, certaines de ces personnes racontent les difficultés traversées à la suite de cette situation. Elles évoquent notamment la perte de leur emploi, les bouleversements dans leur vie sociale ainsi que les incompréhensions nées de leur choix religieux.
« Nous avons traversé une période très difficile lorsque nous avons perdu nos emplois à cause de notre appartenance religieuse. Pour certaines personnes, le travail représentait la principale source de revenus pour leurs familles et sa perte a créé beaucoup de difficultés. Nous avons été confrontés à des incompréhensions et à des situations que nous n’avions pas souhaitées. Mais malgré tout ce qui s’est passé, nous ne regrettons pas notre choix, parce que nous l’avons fait par conviction. Notre foi était une décision personnelle et nous avons estimé que nous devions rester fidèles à nos convictions. Cette période nous a appris à être patients et à continuer à croire que Dieu pouvait ouvrir d’autres portes », témoigne l’une des personnes rencontrées par la RTEE Kivu.
Ces anciens fidèles affirment toutefois ne pas considérer leur parcours uniquement sous l’angle des pertes subies. Malgré la disparition de certaines opportunités professionnelles, ils estiment avoir trouvé de nouvelles possibilités et disent attribuer ces changements à leur foi et à leur confiance en Dieu.
« La perte de notre travail nous a fait mal, surtout au début, parce que nous avions des responsabilités familiales et que nous ne savions pas immédiatement ce qui allait se passer. Mais nous avons continué à croire et à chercher d’autres possibilités. Aujourd’hui, nous pouvons dire que Dieu nous a ouvert d’autres opportunités. Nous ne voulons pas garder la haine ou les rancœurs à cause de ce qui s’est passé. Nous souhaitons simplement que chacun puisse exercer librement sa foi et vivre ses convictions sans être victime de violences ou de discriminations. La religion doit aussi être un espace où les personnes apprennent à se respecter malgré leurs différences », poursuit un autre ancien fidèle qui témoigne sous anonymat interrogé par la RTEE Kivu.
La question des tensions religieuses dans la région ne se limite cependant pas à cette affaire. Les archives et témoignages historiques font également état d’un conflit ayant opposé, en 1988, la Communauté baptiste du centre de l’Afrique (CBCA) et l’Église évangélique du rite africain (EERA).
Au cours de cette période, le pasteur Kalwaghe aurait notamment été pris en otage par des pasteurs protestants de la CBCA à Katwa. Selon les éléments historiques rapportés dans ce dossier, son intervention aurait finalement permis de sauver sa vie grâce à l’intervention de l'éveque Monseigneur Emmanuel Kataliko.
Ces différents épisodes rappellent les tensions que peuvent parfois provoquer les divergences religieuses lorsqu’elles dépassent le cadre des débats doctrinaux et affectent directement la vie sociale, professionnelle ou familiale des personnes concernées.
La République démocratique du Congo étant un État laïc, la liberté de religion et de culte est garantie par la Constitution. Cette liberté implique notamment le droit pour chaque citoyen d’adhérer à une religion, d’en changer ou de pratiquer ses convictions, dans le respect de la loi et des droits d’autrui.
En cette Journée internationale dédiée aux personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions, les témoignages recueillis à Butembo mettent ainsi en lumière la nécessité de promouvoir la tolérance, le dialogue interreligieux et le respect des convictions de chacun, afin que les divergences de foi ne se transforment pas en violences, exclusions ou discriminations.
Dossier : Moïse Ndungo, depuis Butembo.