Plusieurs villages du groupement Malio, en chefferie des Bashu, territoire de Beni, vivent dans l’obscurité alors que des centrales hydroélectriques et des lignes à haute tension destinées notamment à alimenter les villes de Butembo et Beni traversent leurs entités. À Butuhe, localité située à une dizaine de kilomètres de Butembo, les habitants dénoncent une situation qu’ils jugent paradoxale et réclament leur raccordement au réseau électrique.
À Butuhe, particulièrement dans le quartier Katasohire, la situation est devenue plus préoccupante depuis la panne, il y a près de six mois, de l’unique source d’électricité de cette partie de la localité. Déjà limitée avant cet incident, la desserte est aujourd’hui quasiment inexistante, avec des conséquences directes sur les activités économiques, les services de proximité et la vie quotidienne des habitants.
Pour plusieurs familles, l’absence de courant signifie également des difficultés pour accéder à des services pourtant élémentaires. La recharge des téléphones et des batteries oblige certains habitants à parcourir plusieurs kilomètres jusqu’à Butembo. Les petits métiers utilisant l’électricité sont également paralysés. Germaine Masika, qui cherchait notamment à faire fonctionner une photocopieuse, explique avoir été confrontée à cette difficulté.
« Ici, nous avons vraiment besoin de l’électricité. Quand vous avez un document à photocopier ou un téléphone à charger, il faut parfois aller jusqu’à Butembo pour trouver le courant. Nous sommes pourtant à quelques kilomètres seulement de la ville et nous voyons les lignes électriques passer dans nos villages. C’est difficile à comprendre que l’électricité puisse traverser notre milieu sans que nous puissions en bénéficier. Nous demandons simplement que les autorités et les sociétés concernées pensent aussi à nous », témoigne Germaine Masika, habitante de Butuhe, dans des propos recueillis par Angel Kavuya pour la RTEE Kivu.
Pour tenter de faire face à cette situation, certains habitants ont recours aux panneaux solaires et aux groupes électrogènes. Mais ces solutions alternatives restent coûteuses pour de nombreux ménages et commerçants. Anceth Mbusa Muhesi, tenancier d’un salon de coiffure, explique que les difficultés deviennent particulièrement importantes pendant les périodes de pluie, lorsque les panneaux solaires produisent moins d’énergie.
Le secteur de la communication subit également les conséquences de cette absence d’électricité. La radio communautaire La Voix de Malio ne peut plus émettre normalement. Kasereka Grâce, l’un de ses journalistes, affirme avoir été contraint de reprendre les travaux champêtres, faute de moyens permettant de poursuivre son activité professionnelle.
Au-delà de Butuhe, plusieurs autres villages du groupement Malio sont concernés par cette revendication. Les habitants de Kanyatsi, Kimbya, Kisungu, Rwahwa, Muhila, Mambalé, Butuhe et Malepe ont adressé, dans des lettres collectives datées des 17 et 18 août 2026, des demandes de raccordement au réseau, notamment à la société Congo Full Power.
La Société civile Forces vives de la chefferie des Bashu se saisit également du dossier. Son président, Maître Maombi Kahongya, appelle les opérateurs concernés, notamment REED et Congo Full Power, à accorder une attention particulière aux communautés locales qui vivent à proximité des infrastructures électriques.
« Il est difficile pour la population de comprendre que des lignes à haute tension traversent nos villages pour alimenter d’autres milieux alors que les communautés qui vivent ici restent dans l’obscurité. Nous demandons aux sociétés concernées de revoir leur politique de desserte et de privilégier également les populations locales. Il faut trouver une solution à cette situation, parce que l’électricité est devenue indispensable au développement économique et social de nos entités. Si les lignes continuent à traverser nos villages sans aucune desserte, la population risque de recourir à des actions pour faire entendre sa voix », déclare Maître Maombi Kahongya, président de la Société civile Forces vives de la chefferie des Bashu, dans des propos recueillis par la RTEE Kivu.
Pour les habitants, la question ne se limite donc plus à l’éclairage des maisons. L’absence d’électricité affecte les commerces, les salons de coiffure, les services de photocopie, les moyens de communication et plusieurs autres activités génératrices de revenus. La panne prolongée de la centrale de Katasohire vient ainsi accentuer une situation déjà difficile dans une zone qui reste pourtant située à proximité d’importantes infrastructures énergétiques.
Les populations concernées demandent désormais des mesures concrètes pour rétablir la desserte et permettre le raccordement des villages traversés par les lignes. Elles préviennent que, faute de réponse à leurs revendications, des actions pourraient être envisagées pour attirer davantage l’attention des autorités et des opérateurs sur cette situation.
À travers leurs correspondances des 17 et 18 août, les habitants de Malio disent vouloir privilégier le dialogue, tout en exigeant que le développement du secteur énergétique bénéficie également aux communautés locales.
Ghislain Lukambo, RTEE Kivu.