L’éventualité d’un retour de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) dans la ville de Butembo continue de provoquer de vives réactions. Plusieurs mouvements citoyens et groupes de pression réaffirment leur opposition à cette hypothèse, estimant que la mission onusienne n’a pas répondu aux attentes des populations en matière de protection des civils face à l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC.
À peine évoquée dans le débat public, cette possibilité ravive les souvenirs des nombreuses manifestations organisées ces dernières années à Butembo pour exiger le départ de la MONUSCO. Les organisations citoyennes interrogées considèrent que les raisons qui avaient motivé ces mobilisations demeurent inchangées et qu'un éventuel retour de la mission ne constituerait pas une solution aux défis sécuritaires auxquels fait face la région.
Au micro de RTEE Kivu, Kambale Tamburu Issa, l'un des acteurs de la société civile, estime que le bilan de la MONUSCO reste largement en deçà des attentes des populations locales. Selon lui, malgré plusieurs années de présence dans la région, les groupes armés continuent d'opérer et les civils demeurent exposés aux violences.
« La position des mouvements citoyens est claire. Nous estimons que la MONUSCO n'a pas atteint les objectifs pour lesquels elle avait été déployée dans notre région. Pendant de nombreuses années, les populations ont continué à subir les attaques des groupes armés malgré la présence de cette mission. Les habitants attendaient une amélioration significative de la sécurité, mais beaucoup considèrent aujourd'hui que leurs attentes n'ont pas été satisfaites. C'est pourquoi nous ne voyons pas en quoi son retour apporterait des réponses nouvelles aux problèmes que connaît notre région », a déclaré Kambale Tamburu Issa.
L'acteur citoyen rappelle également que le retrait progressif de la mission onusienne avait été réclamé par une large partie de la population de Butembo, qui exprimait son mécontentement face à ce qu'elle considérait comme une efficacité limitée de la MONUSCO dans la lutte contre les groupes armés. Dans la même dynamique, Anelka Mwanya, également interrogé par RTEE Kivu, souligne que les événements ayant marqué les manifestations contre la MONUSCO restent profondément gravés dans la mémoire des habitants de Butembo. Il estime qu'il sera difficile pour une partie de la population d'accepter un retour de la mission sans tenir compte de ce passé.
« Il ne faut pas oublier que plusieurs personnes ont perdu la vie lors des manifestations organisées pour réclamer le départ de la MONUSCO. Ces événements ont profondément marqué les familles et la communauté de Butembo. Aujourd'hui encore, ces souvenirs restent douloureux. Si l'on veut parler de l'avenir de cette mission, il est important de prendre en considération cette mémoire collective et les attentes réelles des populations qui continuent avant tout de réclamer une sécurité durable et efficace », a indiqué Anelka Mwanya.
Les mouvements citoyens insistent sur le fait que la priorité doit être accordée au renforcement des capacités des forces nationales de défense et de sécurité ainsi qu'à la mise en œuvre de stratégies durables de protection des civils. Ils estiment que les solutions aux défis sécuritaires de l'Est de la RDC doivent répondre aux préoccupations exprimées depuis plusieurs années par les communautés locales.
Ces réactions interviennent alors que le débat sur l'avenir de la MONUSCO en République démocratique du Congo continue d'alimenter les discussions à différents niveaux. Dans les provinces de l'Est, où les groupes armés restent actifs, les populations continuent de placer la sécurité, la protection des civils et le retour de la paix au cœur de leurs principales attentes.
Reportage : Degusto Muhindo