Entre délaissement par les belles-familles, privation d’héritage et obstacles liés au remariage, plusieurs femmes témoignent d’un quotidien marqué par la précarité et les discriminations. Une situation qui interpelle les défenseurs des droits des femmes et les autorités sur la nécessité d’une meilleure protection juridique et sociale de cette catégorie vulnérable.
Derrière la célébration de la Journée internationale des veuves se cachent des réalités souvent douloureuses vécues par de nombreuses femmes de la ville de Butembo. La perte du conjoint est, pour beaucoup d’entre elles, le début d’un long parcours semé d’épreuves, notamment en matière d’héritage, de prise en charge des enfants et de réinsertion sociale.
Parmi les veuves rencontrées par les reporters de la RTEE, plusieurs dénoncent leur abandon par leurs belles-familles après le décès de leurs époux. Elles affirment se retrouver seules à assumer la charge des orphelins, sans soutien matériel ni assistance morale. Certaines racontent avoir été exclues du partage des biens familiaux, voire privées de leurs droits successoraux.
« Après la mort de mon mari, je me suis retrouvée seule avec mes enfants. La famille de mon époux a récupéré plusieurs biens sans nous consulter. Depuis, je me bats seule pour nourrir et scolariser mes enfants », témoigne une veuve rencontrée à Butembo.
Pour plusieurs d’entre elles, les difficultés ne se limitent pas aux questions économiques. Elles évoquent également des pressions sociales, des humiliations et parfois des violences psychologiques de la part de certaines familles, qui les considèrent comme étrangères au patrimoine laissé par leurs défunts maris.
Face à cette situation, les juristes rappellent pourtant que la législation congolaise reconnaît des droits précis aux veuves. Interrogée par la RTEE, Maître Maggy Panza, chargée de mobilisation au sein de l’organisation Femme Juriste pour les Droits de la Femme (FJDF), précise que la veuve bénéficie d’une protection juridique en matière successorale.
« Selon la loi congolaise, la veuve est bénéficiaire de la deuxième catégorie de l’héritage, après les enfants. Elle dispose de droits reconnus par la loi et ne peut être arbitrairement exclue du partage des biens laissés par son mari », explique Maître Maggy Panza.
La juriste souligne cependant que, dans la pratique, de nombreuses femmes ignorent leurs droits ou éprouvent des difficultés à les faire valoir, faute d’assistance juridique ou en raison de pesanteurs socioculturelles encore fortement ancrées dans certaines communautés.
La question du remariage constitue également une autre préoccupation pour les veuves. Selon Maître Maggy Panza, la loi congolaise prévoit un délai de viduité de 300 jours, soit environ dix mois, avant qu’une veuve puisse contracter un nouveau mariage.
« Le délai de viduité est prévu par la loi afin de lever toute ambiguïté concernant une éventuelle grossesse et de protéger les droits de succession. Toutefois, ce délai ne doit pas être interprété comme une restriction définitive au droit de la veuve de refaire sa vie », précise la juriste.
Au-delà des dispositions légales, plusieurs observateurs estiment qu’un travail de sensibilisation reste nécessaire afin de lutter contre les discriminations dont sont encore victimes de nombreuses veuves. Ils plaident pour un meilleur accompagnement juridique, psychologique et économique de ces femmes, souvent confrontées à la précarité après la disparition de leurs conjoints.
À Butembo, la célébration de la Journée internationale des veuves a été marquée par un culte œcuménique organisé à la paroisse EERA Mutiri, une occasion de prière, de solidarité et de réflexion sur les défis auxquels font face les veuves de la région.
Cette journée rappelle ainsi l’importance de renforcer la protection des droits des veuves, de promouvoir leur dignité et de combattre toutes les formes de discrimination qui continuent de les affecter, afin qu’elles puissent reconstruire leur vie dans le respect de leurs droits et de leur dignité.
De Babacar Vikwa, pour la RTEE KIVU.