Butembo : le recrutement familial dans les entreprises fait débat, l'expert en management Kakule Kasongo Moïse appelle à privilégier la compétence

Butembo : le recrutement familial dans les entreprises fait débat, l'expert en management Kakule Kasongo Moïse appelle à privilégier la compétence

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Ghislain Lukambo

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Le recrutement de la main-d’œuvre au sein des entreprises demeure une question qui suscite de nombreuses interrogations dans la communauté à Butembo. Dans plusieurs structures, la proximité familiale, les relations personnelles ou les recommandations peuvent parfois intervenir dans le choix des travailleurs, soulevant ainsi la question de l’équilibre entre confiance, liens familiaux et compétences professionnelles. Face à ce débat, la RTEE KIVU s’est intéressée aux pratiques de recrutement et à leurs conséquences sur la performance des entreprises. Pour le Chef de travaux Kakule Kasongo Moïse, enseignant et chercheur en management, la question essentielle ne réside pas nécessairement dans le lien familial entre l’employeur et le travailleur, mais plutôt dans la capacité de ce dernier à accomplir correctement les tâches qui lui sont confiées.

Lors d’un entretien avec le reporter de la RTEE KIVU, le spécialiste en management a expliqué qu’un employeur n’est pas juridiquement ou professionnellement empêché de recruter une personne issue de sa propre famille. Selon lui, une entreprise peut parfaitement fonctionner avec des membres d’une même famille, à condition que les personnes recrutées disposent des compétences nécessaires et soient soumises aux mêmes exigences professionnelles que les autres travailleurs. Il rappelle que la solidité d’une entreprise dépend largement de la qualité de son personnel, de son rendement et de sa capacité à contribuer aux objectifs fixés par l’employeur.

« Il ne faut pas considérer automatiquement le recrutement d’un membre de la famille comme une mauvaise pratique. Un employeur peut recruter quelqu’un de sa famille, mais la question fondamentale est de savoir si cette personne possède les compétences nécessaires pour occuper le poste qui lui est confié. Dans une entreprise, la vie de l’organisation repose largement sur la force et la capacité de son personnel. Si vous recrutez quelqu’un uniquement parce qu’il est votre frère, votre sœur, votre cousin ou un autre membre de votre famille, sans tenir compte de ses compétences, vous risquez de fragiliser l’entreprise. Mais si cette personne est compétente, sérieuse et capable de produire les résultats attendus, son appartenance à la famille ne devrait pas être considérée comme un obstacle. Le véritable problème commence lorsque les relations familiales prennent le dessus sur les exigences professionnelles et que certaines personnes bénéficient de privilèges simplement parce qu’elles sont proches du patron. »

Le chercheur en management relève cependant une autre difficulté liée à la présence des membres de la famille dans certaines entreprises. Selon lui, le manque de sérieux parfois observé chez certains travailleurs apparentés à l’employeur peut également être lié aux conditions dans lesquelles ils sont engagés. Dans certains cas, explique-t-il, des membres de la famille travaillent sur la base de promesses de rémunération ou d’une éventuelle prise en charge qui ne se concrétisent pas toujours. Cette situation peut progressivement affecter leur motivation et leur rendement.

Pour le CT Kakule Kasongo Moïse, directeur du cabinet Top Manager Company, TOMACO, l’employeur doit donc considérer le travailleur, qu’il soit membre de sa famille ou non, comme un véritable collaborateur dont les droits et les obligations doivent être clairement définis. Il plaide notamment pour une rémunération décente tenant compte du travail fourni et de la capacité financière de l’entreprise.

« Il faut aussi regarder l’autre côté de la situation. Nous constatons parfois qu’un membre de la famille qui travaille dans l’entreprise n’est pas payé correctement, voire ne reçoit rien pendant une longue période, parce qu’on lui promet qu’il sera récompensé plus tard ou qu’il bénéficiera d’une certaine prise en charge. À la longue, cela peut avoir des conséquences sur son comportement professionnel. L’employeur doit donc être capable de distinguer les relations familiales des relations de travail. Lorsqu’une personne travaille pour l’entreprise, elle doit être considérée comme un travailleur et être rémunérée en fonction du travail qu’elle accomplit, du chiffre d’affaires et des possibilités réelles de l’entreprise, tout en respectant le SMIG et les dispositions légales applicables. Un travailleur correctement traité et correctement rémunéré est généralement davantage motivé à défendre les intérêts de l’entreprise. À l’inverse, lorsqu’un salarié estime que son travail n’est pas reconnu ou que sa rémunération est dérisoire, cela peut créer des frustrations et favoriser certains comportements qui nuisent finalement à l’entreprise elle-même. »

Cette réflexion ouvre également la voie à un autre aspect du fonctionnement de certaines entreprises à Butembo : les pratiques informelles utilisées par certains travailleurs pour compléter leurs revenus lorsque leur rémunération est jugée insuffisante. La RTEE KIVU consacrera son prochain volet à la question du vol communément appelé « MANZE », une pratique que certains travailleurs considèrent comme un moyen de compenser un salaire qu’ils estiment trop faible, alors que cette pratique soulève évidemment des questions importantes sur les plans professionnel, moral et légal.

La prochaine partie de ce dossier reviendra également sur les causes qui favorisent ce phénomène, les responsabilités respectives de l’employeur et du travailleur, ainsi que sur la question de savoir quelle appréciation les Saintes Écritures portent sur le vol et les pratiques assimilées.

Dossier : Ghislain Lukambo, RTEE KIVU.

Tags : # Actualité # RDC

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