La présence des enfants dans les activités de transport en commun à bord des Bajaj continue de susciter des inquiétudes dans la ville de Butembo. Plusieurs habitants dénoncent l’utilisation de mineurs comme mobilisateurs de clients, une pratique qu’ils estiment contraire aux droits et à la protection de l’enfant. Le phénomène est particulièrement visible dans certains points très fréquentés de la ville, notamment au rond-point Nziapanda, où les activités de transport par Bajaj connaissent une forte affluence. Sur place, des enfants sont régulièrement aperçus en train d’interpeller les passagers et d’orienter les clients vers les conducteurs.
Les enfants concernés, tout comme certains chauffeurs et leurs employeurs, n’ont pas souhaité s’exprimer devant les reporters de la RTEE Kivu.
Pourtant, du côté des associations de transporteurs, des efforts seraient déjà engagés pour mettre fin à cette pratique. Jérémy Kamable, l’un des responsables d’une association de transporteurs, affirme que l’utilisation des enfants a déjà été interdite au sein de leur organisation.
« Nous avons déjà pris des dispositions pour interdire l’utilisation des enfants dans les activités liées au transport par Bajaj. Nous considérons que ces enfants ont avant tout besoin d’être protégés et de bénéficier de leur droit à l’éducation et à un environnement favorable à leur développement. S’il arrive encore que nous constations la présence de certains enfants dans ce secteur, cela peut notamment s’expliquer par la période des vacances scolaires, pendant laquelle plusieurs mineurs cherchent à exercer de petites activités. Mais cela ne signifie pas que nous encourageons cette pratique. Nous demandons à tous les transporteurs, aux chauffeurs et surtout aux responsables des Bajaj de respecter les mesures prises et de ne pas utiliser les enfants comme mobilisateurs de clients. Nous appelons également les parents et l’ensemble de la communauté à nous accompagner dans cette lutte, parce qu’une association seule ne peut pas résoudre ce problème. »
La question de l’encadrement des enfants pendant les vacances scolaires constitue également un défi pour plusieurs familles. Certains mineurs profitent de cette période pour exercer différentes activités, parfois sans l'autorisation ou la supervision de leurs parents.
Katembo Sabuni, parent rencontré dans le cadre de ce reportage, reconnaît les difficultés auxquelles certaines familles sont confrontées, mais estime que la protection des enfants doit rester une responsabilité collective.
« La période des vacances scolaires est effectivement une période assez difficile pour certains parents, parce que les enfants restent à la maison et cherchent parfois à s’occuper. Il n’est pas toujours facile pour les parents de savoir exactement où leurs enfants passent toute leur journée et quelles activités ils exercent. Mais cela ne doit pas nous faire oublier notre responsabilité envers eux. Les parents doivent essayer de suivre leurs enfants et de savoir ce qu’ils font pendant les vacances. En même temps, toute la communauté doit également s’impliquer, parce que nous constatons que certains mineurs commencent ces activités sans même avoir reçu l’autorisation de leurs parents. Si nous voulons réellement mettre fin à l’utilisation des enfants dans le transport par Bajaj, il faut que les parents, les transporteurs, les autorités et la communauté travaillent ensemble pour protéger ces enfants. »
Au-delà de la période des vacances, la présence des enfants dans le transport en commun par Bajaj est régulièrement dénoncée à Butembo. Leur exposition prolongée aux activités de rue les expose notamment aux risques liés à la circulation, aux mauvaises conditions de travail et à l’abandon progressif de leurs obligations scolaires. La problématique interpelle ainsi plusieurs acteurs, notamment les autorités publiques, les associations de transporteurs, les parents ainsi que les organisations engagées dans la défense des droits de l’enfant.
Les responsables des associations de transporteurs disent vouloir poursuivre les efforts de sensibilisation auprès de leurs membres afin de décourager l’utilisation des mineurs comme mobilisateurs de clients. Pour les acteurs impliqués, la fin de ce phénomène nécessitera cependant une action concertée et durable, particulièrement pendant les périodes de vacances scolaires où la présence des enfants dans les rues augmente.
La protection des mineurs dans les activités économiques demeure ainsi un défi pour la ville de Butembo, alors que les différentes parties prenantes sont appelées à renforcer leur collaboration afin de garantir aux enfants un environnement sécurisé et compatible avec leur développement.
Babacar Vikwa, depuis Butembo