Butembo : débat autour de l’enseignement et de l’usage du kiswahili dans l’espace éducatif et social ; l’expert Mweyo Soli l’absence de cette langue dans le programme national

Butembo : débat autour de l’enseignement et de l’usage du kiswahili dans l’espace éducatif et social ; l’expert Mweyo Soli l’absence de cette langue dans le programme national

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Moïse Ndungo

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Entre plaidoyer pour une standardisation pédagogique et mise en garde contre les dérives dialectales, des experts appellent à une meilleure structuration de la langue dans les pratiques scolaires et sociales.

La question de la place et de l’usage du kiswahili dans le système éducatif et dans la vie sociale continue de susciter des débats parmi les experts en linguistique et les acteurs du domaine culturel à Butembo, dans la province du Nord-Kivu. L’expert en linguistique Mweyo Soli estime que le kiswahili, dans sa forme actuelle, ne figure pas comme une matière pleinement structurée dans le programme national de l’enseignement en République démocratique du Congo. Selon lui, cette situation nécessite une réflexion approfondie sur la manière dont la langue est enseignée et utilisée, afin d’éviter les variations excessives influencées par les contextes locaux.

De son côté, l’historien Kambale Kikonde Faustin met en garde contre l’usage de certaines variantes locales qu’il considère comme éloignées des normes linguistiques établies, notamment le dialecte communément appelé « chabibo », très répandu dans certaines couches de la population.

Selon ces deux spécialistes, la question linguistique dépasse le simple cadre académique et touche à la fois la transmission culturelle, la cohésion sociale et la qualité de la communication dans l’espace public.

Dans ses analyses, Mweyo Soli plaide pour la mise en place d’un système d’apprentissage structuré et harmonisé, capable de produire un code linguistique commun et compréhensible par tous, indépendamment des influences régionales. Il estime que cette démarche permettrait de renforcer la clarté du message et d’améliorer la qualité de l’enseignement.

« Le kiswahili, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui dans notre environnement, n’est pas véritablement enseigné comme une matière à part entière dans le programme national, mais plutôt intégré de manière fragmentaire dans certaines options. Il est donc important de repenser son enseignement en adoptant une approche pédagogique uniforme, avec des normes claires et partagées. Cela permettrait de réduire les variations excessives, souvent influencées par les réalités locales, et de créer un code commun qui facilite la communication. L’objectif n’est pas de rejeter les variantes locales, mais de garantir une base linguistique solide et cohérente pour tous les apprenants. », a expliqué Mweyo Soli.

Pour sa part, l’historien Kambale Kikonde Faustin insiste sur la nécessité de préserver la rigueur linguistique, estimant que certaines formes de parler, notamment le « chabibo », portent atteinte à la qualité et à l’image culturelle de la langue dans les échanges formels et informels.

« Le dialecte communément appelé chabibo, tel qu’il est utilisé aujourd’hui, ne respecte pas les normes linguistiques reconnues et constitue, à mon sens, une forme de dégradation de notre expression culturelle. Il est important de rappeler que la langue est un vecteur d’identité et de respect sur le plan international. Lorsque nous déformons nos modes d’expression au point de les rendre incompréhensibles ou non standardisés, nous risquons de porter atteinte à notre image culturelle. Il ne s’agit pas d’interdire les variantes populaires, mais de promouvoir un usage plus structuré et plus respectueux des règles linguistiques établies. », a souligné Kambale Kikonde Faustin.

Pour rappel, le kiswahili est une langue issue d’un long processus d’interactions entre des langues africaines locales et des influences arabes, et constitue aujourd’hui l’une des principales langues de communication en Afrique de l’Est et dans la région des Grands Lacs.

Ce débat relancé à Butembo met en lumière la nécessité d’une réflexion plus large sur la standardisation linguistique et sur la valorisation des langues dans les systèmes éducatifs et sociaux en République démocratique du Congo.

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