Cette action vise à protester contre toute initiative susceptible de conduire à une révision ou à une modification de la Constitution. Dans le Grand Nord-Kivu, cet appel trouve un écho favorable auprès de plusieurs mouvements citoyens et groupes de pression qui ont annoncé leur adhésion à cette démarche.
À quelques heures de cette mobilisation, les réactions se multiplient dans la ville commerciale de Butembo, où les débats autour des questions constitutionnelles, de la gouvernance et de la sécurité continuent d'alimenter les discussions au sein de la population. Plusieurs acteurs de la société civile et responsables politiques considèrent cette journée comme une occasion pour les citoyens d'exprimer leur position face aux enjeux actuels du pays.
Parmi les organisations ayant manifesté leur soutien à l'opération figure la Véranda Mutsanga. Son cadre, Aristote Mathe, estime que cette journée de protestation dépasse la seule question de la Constitution. Selon lui, elle constitue également une occasion pour la population de dénoncer l'insécurité persistante qui continue de frapper plusieurs territoires du Nord-Kivu, particulièrement dans la région de Beni où les attaques attribuées aux rebelles ADF continuent d'occasionner des pertes en vies humaines.
« Nous appelons la population à observer cette ville morte dans le calme et la discipline. Il ne s'agit pas seulement d'une question liée à la Constitution, mais également d'un cri de détresse face à la situation sécuritaire que traversent nos populations depuis plusieurs années. Chaque semaine, des civils sont tués dans les villages du Nord-Kivu et de l'Ituri. Des familles continuent à vivre dans la peur tandis que les activités économiques sont régulièrement perturbées. Nous estimons que le silence n'est plus une option. En suspendant les activités durant cette journée, la population envoie un message clair aux autorités afin qu'elles prennent des mesures plus efficaces pour protéger les citoyens et restaurer la paix dans les zones affectées par les violences », a déclaré Aristote Mathe.
De son côté, le parti Ensemble pour la République, à travers son responsable provincial Muhindo Akayesu, soutient également cette mobilisation. Pour lui, la Constitution actuelle représente un acquis démocratique qu'il convient de préserver. Il considère que toute tentative de révision doit être rejetée par les citoyens à travers des moyens pacifiques prévus par la loi.
« Cette journée de ville morte constitue un acte citoyen et démocratique. Nous demandons à la population de rester à la maison afin de manifester son opposition à toute initiative visant à modifier la loi fondamentale de notre pays. La Constitution représente un pacte qui organise le fonctionnement de nos institutions et garantit plusieurs libertés fondamentales. Les citoyens ont le droit d'exprimer leur désaccord lorsqu'ils estiment que certains principes risquent d'être remis en cause. Nous invitons donc les habitants de Butembo et de toute la région à participer pacifiquement à cette action en observant l'arrêt des activités prévu ce mercredi », a indiqué Muhindo Akayesu.
Cette mobilisation intervient toutefois dans un contexte économique particulier. À Butembo, le mercredi est traditionnellement considéré comme l'une des journées les plus importantes sur le plan commercial. Les grands marchés de la ville enregistrent habituellement une forte affluence de commerçants et d'acheteurs venus aussi bien des quartiers périphériques que des agglomérations voisines. Pour de nombreux opérateurs économiques, une interruption des activités, même pour une seule journée, représente un manque à gagner non négligeable.
Dans les milieux commerciaux, les avis restent partagés. Certains estiment que les revendications avancées par les organisateurs méritent d'être entendues malgré les sacrifices économiques qu'elles impliquent. D'autres craignent que la multiplication des journées de protestation ne fragilise davantage les activités économiques déjà affectées par l'insécurité, les difficultés d'approvisionnement et la baisse du pouvoir d'achat des ménages.
À la veille de cette journée de mobilisation, les habitants de Butembo restent attentifs à l'évolution de la situation. Alors que les organisateurs appellent à une participation massive et pacifique, plusieurs observateurs espèrent que cette initiative se déroulera sans incident majeur. L'impact réel de cette ville morte sur les activités économiques et sur le débat politique national sera suivi de près tant par les acteurs locaux que par les autorités concernées.