À l’approche de la prochaine saison culturale A, des agriculteurs vivant dans plusieurs zones du Sud-Kivu affectées par les affrontements armés lancent un appel aux autorités pour garantir leur sécurité et leur permettre de rejoindre leurs champs. Privées de leurs principales sources de revenus en raison de l’insécurité, ces populations redoutent une aggravation de la précarité et de l’insécurité alimentaire, alors que la rentrée scolaire approche également.
Dans plusieurs localités touchées par les violences armées, l’accès aux terres agricoles demeure particulièrement difficile. Des agriculteurs hésitent à se rendre dans leurs champs par crainte d’être pris pour cible, assimilés à des combattants ou exposés aux affrontements entre groupes armés et forces régulières. Cette situation compromet directement leurs activités agricoles, alors que les travaux préparatoires de la nouvelle saison culturale doivent normalement débuter.
Pour ces producteurs, l’enjeu dépasse largement la seule production agricole. Les récoltes constituent pour de nombreux ménages leur principale source de nourriture et de revenus. La restriction de l’accès aux champs risque ainsi de réduire les disponibilités alimentaires dans les communautés et d’aggraver les difficultés économiques auxquelles sont confrontées les familles déplacées ou restées dans les zones affectées par les combats.
L’un des agriculteurs, qui a requis l’anonymat, explique au micro de notre correspondant dans la région, Eugide Abalawi, que la peur empêche aujourd’hui plusieurs producteurs de travailler normalement leurs terres.
« Nous avons nos champs, mais nous ne pouvons plus y aller librement comme avant. Nous avons peur d’être considérés comme des combattants simplement parce que nous nous rendons dans nos terres pour cultiver. Pourtant, nous sommes des agriculteurs et notre seul objectif est de produire de la nourriture pour nos familles. Si nous n’avons pas accès à nos champs pendant cette saison culturale, nous ne saurons pas comment nourrir nos enfants ni comment répondre à leurs besoins scolaires. Nous demandons donc aux autorités de prendre des mesures concrètes pour sécuriser les agriculteurs et leurs champs », a-t-il déclaré.
Face à cette situation, les agriculteurs proposent notamment la mise en place d’un mécanisme d’identification qui permettrait de les distinguer des porteurs d’armes. Ils évoquent des cartes, des jetons ou tout autre document officiellement reconnu pouvant servir de preuve de leur activité agricole lors de leurs déplacements vers les champs. Selon eux, un tel dispositif permettrait de réduire les risques de confusion et faciliterait les mouvements des producteurs dans les zones où la présence de groupes armés et les opérations militaires rendent les déplacements particulièrement sensibles. Ils estiment toutefois que cette mesure devrait être accompagnée d’une sécurisation effective des axes menant vers les terres agricoles.
Au-delà de la sécurité physique des agriculteurs, c’est toute l’économie familiale qui se trouve fragilisée par cette situation. Dans plusieurs ménages, les revenus issus des récoltes servent à assurer l’alimentation quotidienne, payer les soins médicaux, acheter des fournitures scolaires et couvrir d’autres besoins essentiels.
L’agriculteur interrogé par Eugide Abalawi insiste également sur les conséquences que pourrait entraîner une nouvelle saison agricole perturbée.
« Nous voulons travailler et vivre de notre travail, mais il faut d’abord que nous soyons rassurés. Si les autorités pouvaient nous délivrer des cartes ou des jetons permettant aux militaires et aux autres services de sécurité de savoir que nous sommes des cultivateurs, cela nous aiderait beaucoup. Nous sommes prêts à respecter les consignes de sécurité, mais nous demandons qu’on nous donne aussi la possibilité d’accéder à nos champs. Sinon, les familles vont continuer à souffrir, la production va diminuer et beaucoup d’enfants risquent de connaître encore plus de difficultés pour poursuivre leur scolarité », a-t-il ajouté.
À quelques semaines du lancement des activités agricoles de la saison A, les producteurs du Sud-Kivu appellent ainsi les autorités à considérer l’accès aux champs comme une priorité dans les zones affectées par les violences. Ils plaident pour des mesures permettant de concilier les impératifs de sécurité avec la nécessité de maintenir les activités agricoles.
Pour ces agriculteurs, sécuriser les champs revient également à protéger les moyens de subsistance des communautés. Ils souhaitent que les autorités, les services de sécurité et les acteurs locaux travaillent ensemble à l’identification des producteurs et à la sécurisation des espaces agricoles, afin de permettre aux familles de reprendre leurs activités dans des conditions plus sûres.
La crainte exprimée est qu’une nouvelle perturbation du calendrier agricole ne se traduise, dans les prochains mois, par une baisse de la production et une aggravation des difficultés alimentaires dans les zones déjà fortement éprouvées par les conflits. Les agriculteurs demandent donc des réponses rapides avant le début effectif de la saison culturale A.
Dossier Eugide Abalawi, depuis Bukavu