À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le terrorisme, célébrée ce 11 septembre, la persistance de la menace terroriste dans l’Est de la République démocratique du Congo relance le débat sur les stratégies à mettre en place pour y faire face. Dans les régions de Beni, au Nord-Kivu, et dans certaines zones de l’Ituri, les ADF restent au cœur des préoccupations sécuritaires. Pour le journaliste et chercheur en matière de sécurité Azarias Mokonzi, la réponse à cette menace ne peut être uniquement nationale et doit davantage s’appuyer sur une coopération régionale.
Selon Azarias Mokonzi, la lutte contre les ADF nécessite notamment un renforcement du partage de renseignements, du contrôle des frontières et de la traque des réseaux susceptibles de soutenir les groupes terroristes. Il évoque également ce qu’il présente comme une infiltration au sein de l’appareil sécuritaire congolais, qu’il considère comme l’un des facteurs pouvant expliquer la persistance de certaines attaques.
« La question des ADF ne doit pas être considérée comme un problème qui concerne uniquement la République démocratique du Congo. Nous sommes face à une menace qui dépasse les frontières et qui nécessite donc une véritable coopération entre les pays de la région. Il faut renforcer le renseignement, contrôler davantage les frontières et surtout travailler sur les réseaux qui permettent à ces groupes de continuer à fonctionner. Nous devons également nous intéresser aux failles qui existent au sein de notre propre système sécuritaire, parce que lorsqu’il y a des infiltrations, cela complique énormément le travail des forces engagées sur le terrain », a déclaré Azarias Mokonzi.
Le chercheur estime par ailleurs que l’attention accordée à d’autres menaces sécuritaires, notamment à l’AFC-M23, ne devrait pas conduire à minimiser la menace représentée par les ADF. Selon lui, les autorités congolaises doivent maintenir une attention soutenue sur le terrorisme dans les zones affectées et améliorer la coordination entre les différents services engagés dans la lutte contre les groupes armés.
« Il faut que les autorités congolaises puissent avoir une lecture globale de la situation sécuritaire. La menace de l’AFC-M23 est une question importante, mais elle ne devrait pas faire oublier la menace terroriste des ADF qui continue d’exister dans certaines parties de l’Est du pays. La réponse doit être mieux coordonnée entre les services de sécurité, avec un renseignement beaucoup plus efficace et une coopération régionale réelle. C’est à travers cette combinaison d’efforts que nous pouvons espérer obtenir des résultats durables dans la lutte contre le terrorisme », a insisté Azarias Mokonzi.
Cette réflexion intervient alors que la partie orientale de la RDC reste confrontée depuis plusieurs années à des violences attribuées à différents groupes armés. Pour Azarias Mokonzi, une réponse durable passe donc par le renforcement des capacités nationales, l’amélioration du renseignement et une coopération plus étroite entre les États de la région.
Degusto Muhindo, depuis Butembo.