La signature d'un accord entre Kinshasa et le M23 en Suisse continue de susciter des réactions contrastées dans les cercles politiques et académiques de la région des Grands Lacs. Si cet accord est perçu par certains comme une avancée diplomatique majeure pour tenter de ramener la paix dans l'Est de la RDC, des voix s'élèvent pour appeler à une extrême prudence quant à sa mise en œuvre concrète.
Jeudi à Bukavu, Mick Mutiki, spécialiste en gouvernance sécuritaire, a salué la démarche inclusive de ces pourparlers. Pour lui, la stabilisation durable de la RDC ne passera pas uniquement par des accords militaires ou politiques entre élites, mais par l'implication profonde de toutes les couches sociales affectées par le conflit. Au micro de notre permanent au Sud-Kivu, il a développé sa vision d'un processus de paix élargi.
« Il faut reconnaître que l'accord signé en Suisse est un signal positif. Il montre qu'il y a une fenêtre d'opportunité pour le dialogue. Cependant, je reste convaincu que la clé de la stabilisation de la RDC réside dans un processus de paix réellement inclusif. On ne peut pas se contenter d'un accord entre Kinshasa et une rébellion. Il faut élargir la table. Je plaide pour l'implication formelle des acteurs sociaux, des confessions religieuses, des chefs coutumiers et des communautés locales. Ce sont eux qui subissent les conséquences de la guerre au quotidien. Ce sont eux qui peuvent garantir l'appropriation locale de la paix. Sans cette dimension communautaire, tout accord restera un chiffon de papier signé loin des réalités du terrain. »
Cependant, cette note d'espoir est tempérée par l'analyse d'Henri Pacific Mayala, chercheur à Ebuteli, un institut congolais de recherche sur les questions de conflits et de gouvernance. L'expert appelle à la vigilance, soulignant que le cadre global de l'accord de Doha contient encore de nombreux « protocoles essentiels » qui n'ont pas été finalisés. Selon lui, ce sont ces détails techniques et politiques, souvent les plus sensibles, qui détermineront si l'accord est viable ou voué à l'échec.
« Il est trop tôt pour crier victoire. Nous avons vu par le passé des accords signés dans l'enthousiasme mais qui se sont effondrés quelques mois plus tard parce que les modalités d'application étaient floues. Actuellement, plusieurs protocoles essentiels du cadre global de Doha restent en discussion. Et ces points ne sont pas anodins. Il s'agit probablement des questions de cantonnement des troupes, de réintégration des combattants, du retour des déplacés et des terres spoliées, ou encore des mécanismes de justice transitionnelle. Ce sont des points extrêmement sensibles qui touchent au cœur des frustrations communautaires. La viabilité de cet accord dépendra à 90 % de la manière dont ces clauses seront négociées et, surtout, appliquées sur le terrain. Si on les bâcle, on court à une reprise des hostilités plus violente encore. »
Pour rappel, lors du Conseil de sécurité de l'ONU tenu mercredi 15 avril 2026 à New York, une dizaine de pays ont unanimement exigé le retrait immédiat du M23 et de l'armée rwandaise du sol congolais, condition préalable jugée indispensable par la communauté internationale pour crédibiliser tout processus de paix.