Face à la persistance de l'insécurité dans l'Est de la République démocratique du Congo et aux tensions qui continuent de secouer la sous-région des Grands Lacs, le journaliste d'investigation Nicaise Kibelbel Oka plaide pour une approche régionale afin de parvenir à une paix durable. Au cours d'un entretien accordé à la RTEE KIVU ce jeudi 1ᵉʳ juillet 2026, il a estimé que la crise sécuritaire actuelle ne saurait être résolue uniquement à travers des initiatives menées sur le territoire congolais.
Selon lui, un dialogue communautaire au Rwanda, associé à une implication de l'ensemble des acteurs régionaux, constitue également un élément essentiel pour mettre fin aux violences qui affectent les populations de l'Est de la RDC. Pour cet analyste, les conflits qui perdurent depuis plusieurs années dans la région des Grands Lacs trouvent leurs origines dans une réalité historique, politique et communautaire complexe qui dépasse largement les frontières de la République démocratique du Congo. Il estime que limiter les efforts de paix au seul cadre congolais risquerait de compromettre toute perspective de stabilité durable.
« Le conflit qui déstabilise aujourd'hui l'Est de la République démocratique du Congo ne peut pas être analysé comme une simple crise congolaise. Il s'inscrit dans une dynamique régionale qui implique plusieurs acteurs et plusieurs communautés. Pour construire une paix durable, il est indispensable que les différentes communautés concernées, notamment au Rwanda, puissent également dialoguer afin de traiter les causes profondes des tensions. La stabilité de la RDC est intimement liée à celle de l'ensemble de la région des Grands Lacs. C'est pourquoi les solutions doivent dépasser les frontières nationales et privilégier une approche globale, inclusive et responsable », a déclaré Nicaise Kibelbel Oka.
Poursuivant son analyse, le journaliste d'investigation invite les Congolais à développer une véritable culture de la paix et de la cohésion sociale. Il estime que chaque citoyen a une responsabilité dans la consolidation de la stabilité nationale, au-delà des seules initiatives des autorités publiques. Il souligne particulièrement le rôle que peuvent jouer les femmes dans les processus de réconciliation, de médiation communautaire et de promotion du vivre-ensemble. Selon lui, leur implication constitue un levier important pour prévenir les conflits et favoriser le dialogue au sein des communautés.
Abordant le débat politique national, Nicaise Kibelbel Oka critique également la manière dont certaines analyses abordent la question sécuritaire. Il cite notamment la position de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), estimant que les discussions se focalisent parfois sur la personne du Président de la République plutôt que sur la complexité des causes profondes de l'insécurité.
« Les problèmes sécuritaires auxquels la RDC est confrontée sont beaucoup plus complexes qu'une simple question de leadership politique. Réduire le débat à une seule personne ne permet pas de résoudre une crise qui implique des facteurs historiques, géopolitiques, économiques et communautaires. La recherche de la paix exige une lecture objective de la situation ainsi qu'une implication de tous les acteurs concernés, qu'ils soient nationaux, régionaux ou internationaux. Il appartient également aux citoyens de promouvoir la cohésion sociale, tandis que les femmes, en particulier, ont un rôle majeur à jouer dans la réconciliation et la consolidation de la paix », a-t-il expliqué.
En conclusion, le journaliste d'investigation estime que le retour définitif de la paix dans la région des Grands Lacs dépendra d'un dialogue inclusif associant les États, les communautés, les organisations de la société civile et les partenaires régionaux. Selon lui, seule une prise de conscience collective, fondée sur le dialogue, la responsabilité et la coopération entre les peuples, permettra d'apporter une réponse durable aux défis sécuritaires qui continuent d'affecter l'Est de la République démocratique du Congo.
Avec la particpation de Muhindo Degusto, depuis Butembo