L’inauguration d’une nouvelle salle d’audience à la prison centrale de Makala par le ministre de la Justice Guillaume Ngefa Atondoko ne fait pas l’unanimité. Si les autorités y voient une avancée dans l’amélioration des conditions de fonctionnement de la justice, certains acteurs de la société civile estiment que cette réalisation reste insuffisante face à l’ampleur des défis qui persistent dans le système judiciaire congolais.
L’annonce de l’ouverture d’une salle d’audience au sein de la prison centrale de Makala à Kinshasa suscite des réactions contrastées. Pour Angelus Musumba, membre du Parlement Debout de Furu, cette réalisation ne devrait pas constituer un motif de grande satisfaction pour le ministre de la Justice, au regard des nombreux défis auxquels fait face l’appareil judiciaire en République démocratique du Congo.
Dans une analyse critique, cet acteur citoyen estime que la justice congolaise a besoin d’infrastructures modernes et conformes aux exigences d’un véritable État de droit. Selon lui, les autorités devraient davantage investir dans une réforme globale comprenant la construction des palais de justice, la réhabilitation des prisons et l’amélioration des conditions de travail des magistrats, greffiers et autres auxiliaires de justice.
Pour Angelus Musumba, la question n’est pas seulement de multiplier les inaugurations, mais de garantir des infrastructures capables de renforcer durablement la crédibilité de la justice congolaise.
« Un ministre de la Justice ne devrait pas seulement se satisfaire d’inaugurer une salle d’audience et d’en faire un événement médiatique. La justice est un pilier fondamental de l’État. Elle mérite des infrastructures qui reflètent la dignité de la République, avec des palais de justice modernes, des salles d’audience répondant aux normes et des établissements pénitentiaires respectueux des droits humains. Les attentes de la population vont au-delà des réalisations ponctuelles ; elles concernent une véritable transformation du système judiciaire », estime Angelus Musumba.
Selon lui, plusieurs juridictions à travers le pays continuent de fonctionner dans des conditions difficiles, avec des bâtiments vétustes, des espaces insuffisants et des équipements parfois inadaptés aux besoins de l’administration judiciaire. Il cite notamment la situation de plusieurs établissements pénitentiaires en provinces, parmi lesquels les prisons centrales de Kakwangura et de Kangwayi dans la ville de Butembo, qui illustrent, selon lui, les défis persistants liés aux infrastructures carcérales.
L’acteur citoyen estime que la modernisation de la justice congolaise doit être pensée dans une approche nationale et structurée, plutôt qu’à travers des actions isolées.
« Le véritable enjeu aujourd’hui n’est pas simplement d’inaugurer des infrastructures modestes en les présentant comme des grandes avancées. Le défi est de mettre en place une politique nationale de modernisation de l’ensemble du système judiciaire. Les magistrats doivent travailler dans de bonnes conditions, les détenus doivent être pris en charge dans le respect de leur dignité et les citoyens doivent retrouver confiance dans la justice de leur pays », poursuit-il.
Cette réaction intervient dans un contexte où le gouvernement congolais affiche son ambition de renforcer l’État de droit à travers plusieurs réformes du secteur judiciaire. Les autorités considèrent l’amélioration des infrastructures comme l’un des leviers nécessaires pour rapprocher la justice des citoyens et améliorer son efficacité. Cependant, pour Angelus Musumba, les résultats de cette politique seront davantage mesurés à travers des changements profonds dans les juridictions et les établissements pénitentiaires de l’ensemble du territoire national.
Selon lui, le peuple congolais attend désormais des investissements structurants et des réformes capables de produire un impact durable sur le fonctionnement de la justice.
« La population jugera l’action du ministère de la Justice non pas seulement sur les cérémonies d’inauguration, mais sur la capacité à transformer réellement le quotidien de ceux qui rendent la justice et de ceux qui en bénéficient. La République a besoin d’infrastructures qui honorent son système judiciaire et qui traduisent concrètement l’ambition d’un véritable État de droit », conclut Angelus Musumba, membre du Parlement Debout de Furu.
Dossier de Ghislain Lukambo, Butembo