L’annonce par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de l’organisation prochaine d’un dialogue national pour la paix, sans participation des groupes armés, suscite des analyses dans l’opinion. Pour l’historien Kambale Kikonde Faustin, cette orientation constitue une démarche inédite dans l’histoire politique récente de la République démocratique du Congo. Cet enseignant d’histoire à l’ISP Muhangi de Butembo invite toutefois les Congolais à ne pas condamner trop rapidement cette initiative, estimant qu’elle pourrait répondre à une stratégie politique dont les objectifs ne sont pas encore entièrement connus.
Revenant sur les différentes séquences de l’histoire politique congolaise, Kambale Kikonde Faustin affirme n’avoir pas retrouvé de précédent correspondant à un dialogue national organisé sans associer ceux considérés comme étant à l’origine des crises à résoudre. Il estime que, dans les expériences antérieures, les processus de dialogue ont souvent impliqué les différentes parties aux conflits.
« Lorsqu’on analyse l’histoire politique de la République démocratique du Congo, on constate que les différents dialogues organisés dans le pays ont généralement cherché à réunir les protagonistes des crises. C’est pourquoi la démarche actuelle du président de la République apparaît comme quelque chose de particulier. Nous ne retrouvons pas facilement, dans notre histoire, un processus présenté comme un dialogue pour résoudre une crise tout en écartant les acteurs armés concernés par cette crise. Mais cela ne signifie pas nécessairement que cette initiative est mauvaise ou qu’elle ne peut pas aboutir. Il faut plutôt chercher à comprendre la stratégie qui se trouve derrière cette décision. Le président peut avoir une vision ou des objectifs que le commun des Congolais ne connaît pas encore. Il faut donc éviter de diaboliser directement cette mesure avant d’en connaître toutes les modalités et les finalités. »
L’historien estime néanmoins que le chef de l’État pourrait chercher à éviter certaines erreurs du passé. Il rappelle notamment les précédents processus au cours desquels des acteurs impliqués dans des conflits ont finalement été intégrés dans les institutions de la République après les négociations. Une pratique qui, selon lui, mérite d’être analysée avec prudence au regard de ses conséquences sur la gouvernance et la stabilité du pays.
Kambale Kikonde Faustin n’exclut donc pas la possibilité que l’exclusion annoncée des groupes armés réponde à la volonté du pouvoir de rompre avec ces précédents. Il appelle, dans ce contexte, les Congolais à attendre les précisions officielles sur le format, les participants et les objectifs du futur dialogue avant de tirer des conclusions définitives.
Pour rappel, dans son adresse à la nation, Félix Tshisekedi a annoncé la convocation prochaine d’un dialogue national consacré notamment à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État. Le président de la République avait indiqué que les modalités pratiques de ce processus seraient précisées dans un décret présidentiel qui devrait être mis à la disposition de la nation.
Esperanza Sindani, depuis Butembo