RDC : le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi risque de s’éterniser, selon l’analyste Ildefonse Bwakyanakazi membre de l’institut de recherche Ebuteli

RDC : le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi risque de s’éterniser, selon l’analyste Ildefonse Bwakyanakazi membre de l’institut de recherche Ebuteli

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Ghislain Lukambo

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Près d’un mois après l’annonce du dialogue national et inclusif voulu par le président de la République, Félix Tshisekedi, les contours de ce grand rendez-vous politique restent encore incertains. Alors que plusieurs acteurs politiques et sociaux affichent déjà leur volonté d’y prendre part, les discussions sur les objectifs, les participants et surtout les résultats attendus pourraient, selon certains analystes, retarder le démarrage effectif de ce processus. Pour Ildefonse Bwakyanakazi, chercheur au sein du programme Ebuteli et gestionnaire des données du projet Baromètre sécuritaire du Kivu, les différentes parties prenantes semblent d’abord chercher à évaluer les rapports de force et les éventuels bénéfices qu’elles pourraient tirer de ce dialogue avant de s’y engager pleinement.

Près d’un mois après l’annonce officielle de ce rendez-vous, les préparatifs restent donc au centre des interrogations. Pour l’analyste, le processus pourrait prendre du temps, notamment en raison des divergences déjà perceptibles entre les différents acteurs sur la nature et les objectifs du dialogue.

Selon Ildefonse Bwakyanakazi, les acteurs politiques congolais, aussi bien ceux de l’opposition que ceux regroupés au sein de l’Union sacrée, seraient actuellement dans une logique de préparation de leurs positions respectives. Chaque camp chercherait à mesurer ses forces et à élaborer une stratégie susceptible de lui permettre de sortir en position favorable de ces éventuelles discussions.

« Les acteurs politiques, qu’ils soient de l’opposition ou de l’Union sacrée, sont en train de planifier leurs rapports de force. Chacun cherche à comprendre ce que ce dialogue pourrait lui apporter et comment il pourrait en tirer avantage. La cacophonie observée depuis l’annonce de ce rendez-vous, notamment autour de la matière qui devra être traitée, montre déjà que le processus risque de prendre du temps », analyse Ildefonse Bwakyanakazi, chercheur à Ebuteli, dans une intervention recueillie par notre rédaction.

Cette incertitude concerne également le cadre dans lequel le dialogue pourrait se tenir. L’hypothèse d’une délocalisation des discussions en dehors du territoire congolais est évoquée dans certains milieux. Pour l’analyste, une telle éventualité pourrait notamment s’expliquer par le déficit de confiance qui persiste entre les différents protagonistes de la crise congolaise.

La méfiance entre acteurs politiques constitue en effet l’un des principaux obstacles à la mise en place d’un cadre de discussions accepté par toutes les parties. Dans ce contexte, un espace situé à l’extérieur du pays pourrait être considéré par certains comme une garantie supplémentaire de neutralité et de sécurité pour les participants.

« La question de la délocalisation éventuelle du dialogue en dehors de la RDC renvoie surtout au problème de confiance entre les acteurs. Lorsque les protagonistes ne se font pas suffisamment confiance, le choix du cadre devient lui-même une question politique. Cela peut expliquer pourquoi certains peuvent envisager un espace extérieur au pays », estime Ildefonse Bwakyanakazi, chercheur à Ebuteli, dans une intervention recueillie par notre rédaction.

Entre-temps, plusieurs catégories d’acteurs manifestent leur intérêt pour ce dialogue annoncé par le chef de l’État. Des personnalités politiques, des organisations de la société civile et d’autres composantes de la société congolaise souhaitent être associées au processus.

Mais, selon Ildefonse Bwakyanakazi, cette volonté de participation ne serait pas uniquement motivée par la recherche d’une solution à la crise que traverse le pays. Certains acteurs pourraient également être attirés par les éventuelles retombées politiques, institutionnelles ou autres qui pourraient découler de ces discussions.

Cette lecture met ainsi en évidence les enjeux considérables qui entourent le futur dialogue. Au-delà de la recherche d’un compromis politique, les différentes parties semblent également chercher à déterminer leur place dans le processus et les avantages qu’elles pourraient éventuellement en retirer.

Pour l’analyste, la réussite du dialogue dépendra surtout de la capacité des organisateurs à réunir autour d’une même table l’ensemble des composantes susceptibles d’apporter une réponse aux causes profondes de la crise congolaise.

Parmi les participants jugés indispensables figurent notamment les acteurs politiques de toutes tendances, les groupes armés ainsi que les organisations de la société civile. Leur présence, estime-t-il, permettrait d’aborder les questions politiques, sécuritaires et sociales qui alimentent depuis plusieurs années les tensions en République démocratique du Congo. L’objectif ne devrait donc pas se limiter à parvenir à un compromis entre acteurs politiques, mais à traiter les causes profondes de la crise sociopolitique et sécuritaire qui affecte le pays.

L’annonce de ce dialogue national et inclusif remonte au 17 juillet 2026. Elle avait été officiellement rendue publique à l’issue des consultations entre le président Félix Tshisekedi et les leaders religieux représentant les différentes confessions religieuses en RDC.

Depuis cette annonce, les réactions se multiplient dans les milieux politiques et sociaux. Si certains considèrent ce dialogue comme une opportunité de rechercher une sortie pacifique à la crise, d’autres restent prudents quant à ses objectifs, à sa composition et aux résultats susceptibles d’en découler.

À ce stade, aucune date précise de lancement des travaux n’est encore retenue dans les éléments disponibles. La composition des participants, la matière exacte à inscrire à l’ordre du jour ainsi que le lieu des assises restent également parmi les principales questions à clarifier.

Le processus annoncé par Félix Tshisekedi devra donc encore franchir plusieurs étapes avant de devenir une véritable plateforme de négociation. Pour les observateurs, la capacité des parties prenantes à dépasser les calculs de positionnement, à instaurer un minimum de confiance et à accepter un agenda commun sera déterminante pour éviter que ce dialogue national ne se transforme en un processus interminable.

Dossier Ghislain LUKAMBO, depuis Butembo

Tags : # Actualité # Nord-Kivu # RDC

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