Trois jours après la première commémoration nationale du GENOCOST, organisée le 2 août sur l'ensemble du territoire de la République démocratique du Congo, les appels se multiplient pour que cette journée de mémoire débouche sur des actions concrètes en faveur de la vérité, de la justice et de la lutte contre l'impunité. Pour Nicaise Kibelbel Oka, journaliste d'investigation et chercheur spécialisé dans les questions de défense et de sécurité dans la région des Grands Lacs, la forte mobilisation observée à travers le pays constitue une avancée importante, mais le plus grand défi reste désormais d'obtenir que les crimes commis soient pleinement documentés et poursuivis.
Selon l'analyste, la tenue simultanée des activités commémoratives dans toutes les provinces marque une étape historique dans la reconnaissance des souffrances endurées par les populations congolaises, particulièrement dans l'Est du pays. Il estime que cette mobilisation nationale contribue à renforcer la mémoire collective et à maintenir au centre du débat public la question des millions de victimes des violences qui ont marqué plusieurs décennies de conflits.
« La première commémoration nationale du GENOCOST représente un signal fort. Pour la première fois, cette mémoire a été portée simultanément dans toutes les provinces du pays, ce qui témoigne d'une appropriation progressive de cette cause par les Congolais. Ce n'est pas seulement une journée de souvenir ; c'est aussi une reconnaissance de la souffrance de millions de victimes et un engagement collectif à préserver leur mémoire. Nous devons faire en sorte que cette commémoration ne reste pas un simple événement symbolique, mais qu'elle devienne un véritable point de départ pour la recherche de la vérité et de la justice. »
Nicaise Kibelbel Oka estime toutefois que cette mobilisation ne produira des résultats durables que si elle s'accompagne d'une volonté constante de lutter contre l'impunité. Il invite les citoyens à poursuivre leur engagement afin que les revendications des victimes continuent d'être portées aux niveaux national et international.
« Le combat est loin d'être terminé. Les Congolais doivent rester unis, résilients et déterminés à défendre cette mémoire. Nous ne pouvons pas nous contenter d'une seule journée de commémoration par an. Il est nécessaire de poursuivre le travail de sensibilisation, de recherche et de plaidoyer afin que les responsabilités soient établies et que les victimes obtiennent enfin la reconnaissance et la justice qu'elles attendent depuis de nombreuses années. La mémoire n'a de sens que lorsqu'elle conduit à des actions concrètes contre l'impunité. »
Le chercheur appelle également les institutions judiciaires à accélérer les démarches visant à établir les responsabilités des auteurs présumés des crimes les plus graves. Il encourage les autorités à poursuivre les efforts en faveur de la lutte contre l'impunité et souligne l'importance des initiatives déjà engagées autour du rapport Mapping des Nations unies, qu'il considère comme une base importante pour la recherche de la vérité.
« Il appartient désormais aux institutions compétentes de faire avancer les mécanismes de justice afin que les auteurs présumés des crimes les plus graves répondent de leurs actes, dans le respect des procédures judiciaires. Les travaux menés autour du rapport Mapping des Nations unies constituent une référence importante qui mérite d'être pleinement examinée dans le cadre des initiatives visant à renforcer la lutte contre l'impunité. Il est également essentiel que toutes les personnes appelées à exercer des responsabilités publiques inspirent confiance et que les institutions poursuivent leurs efforts pour consolider l'État de droit. Enfin, j'invite chaque Congolaise et chaque Congolais à s'approprier le GENOCOST, à préserver cette mémoire collective et à faire de cette commémoration un instrument de mobilisation en faveur de la vérité, de la justice et de la dignité des victimes. »
Pour de nombreux observateurs, la première commémoration nationale du GENOCOST ouvre une nouvelle phase de réflexion sur la mémoire des violences qui ont marqué la République démocratique du Congo. Au-delà des cérémonies, plusieurs voix plaident désormais pour que cette dynamique se traduise par un renforcement des mécanismes de justice, de réparation et de préservation de la mémoire, dans le respect des institutions et des procédures nationales et internationales.
Reportage Muhindo Degusto