L’idée d’un référendum visant à modifier la Constitution de la République démocratique du Congo continue de provoquer de vives tensions sur la scène politique nationale. Alors que certains acteurs politiques plaident désormais ouvertement pour une révision de la loi fondamentale, d’autres dénoncent un revirement spectaculaire de plusieurs personnalités qui, sous le régime de l’ancien président Joseph Kabila, s’opposaient farouchement à toute tentative de modification constitutionnelle.
Ce débat, qui prend de plus en plus une tournure explosive, est alimenté par des accusations de manipulation politique, de réécriture de l’histoire et même de remise en cause de l’origine de la Constitution actuellement en vigueur.
Parmi les voix qui montent au créneau figure celle d’Ezeckias Muhaya. Ce dernier affirme ne pas comprendre comment certains responsables politiques, autrefois mobilisés contre toute réforme constitutionnelle, se retrouvent aujourd’hui parmi les premiers défenseurs d’un changement de la loi fondamentale.
Selon lui, cette attitude démontre une incohérence politique inquiétante et un manque de respect envers la mémoire collective des Congolais.
« Nous avons vu les mêmes personnes descendre dans les rues, mobiliser les jeunes et dénoncer toute révision constitutionnelle sous Joseph Kabila. Aujourd’hui, elles veulent faire croire à la population que changer la Constitution est devenu une urgence nationale. Ce revirement choque énormément de Congolais. La Constitution ne peut pas être manipulée au gré des intérêts politiques du moment », déclare Ezeckias Muhaya.
Au-delà du débat sur le référendum, une autre polémique alimente les discussions : celle de l’origine même de la Constitution congolaise. Certains acteurs politiques soutiennent que la loi fondamentale actuelle aurait été imposée par des intérêts étrangers. Une thèse rejetée catégoriquement par Paluku Muhaya.
Pour lui, la Constitution congolaise est avant tout le résultat du dialogue intercongolais de Sun City, qui avait réuni différentes composantes nationales afin de reconstruire le pays après plusieurs années de guerre et d’instabilité.
« Dire que la Constitution congolaise est une œuvre étrangère est totalement faux et dangereux. Cette Constitution est née des accords de Sun City où des Congolais se sont retrouvés autour d’une même table pour sauver leur pays. C’est le fruit d’un consensus national après une période très douloureuse de notre histoire. Ceux qui tentent aujourd’hui de la discréditer cherchent surtout à servir des agendas politiques », soutient Paluku Muhaya.
Pendant que les débats politiques s’intensifient à Kinshasa, d’autres voix dénoncent les priorités actuelles des institutions congolaises. Paluku Muhaya accuse notamment le Parlement et le gouvernement de détourner l’attention des véritables urgences auxquelles fait face la population.
Il cite en particulier l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, où les attaques des rebelles ADF continuent de faire des victimes civiles malgré les multiples opérations militaires menées dans la région.
Pour plusieurs observateurs, le débat autour du changement de la Constitution intervient dans un contexte social particulièrement tendu, marqué par l’insécurité, la pauvreté et la crise humanitaire dans plusieurs provinces du pays.
Sur le terrain, une grande partie de la population affirme attendre avant tout des réponses concrètes à ses souffrances quotidiennes : le retour de la paix, l’amélioration des conditions de vie et la restauration de l’autorité de l’État.
Alors que le sujet du référendum continue d’alimenter les passions politiques, beaucoup de Congolais redoutent que cette question ne finisse par accentuer davantage les fractures au sein du pays.
Depuis le Nord-Kivu, MUHINDO Degusto