Une nouvelle attaque meurtrière attribuée aux combattants des Forces démocratiques alliées (ADF) a frappé mercredi le site minier de Kikundo, situé à la frontière entre le groupement de Mununze, dans le territoire de Beni (Nord-Kivu), et la localité de Nziapanda-Bela, dans le territoire de Mambasa (Ituri). Selon plusieurs sources locales concordantes, une dizaine de civils auraient été tués lors de cette incursion armée qui a également entraîné un déplacement massif des habitants des villages environnants. Les rescapés décrivent une attaque soudaine qui a semé la panique parmi les orpailleurs et les populations riveraines, déjà éprouvées par l'insécurité persistante dans cette zone à cheval entre les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri.
D'après les témoignages recueillis sur place, les assaillants sont apparus en début de journée aux abords du site minier de Kikundo. Des creuseurs artisanaux, qui les auraient aperçus avant leur arrivée sur le site, ont immédiatement lancé l'alerte afin d'inciter leurs collègues et les habitants à prendre la fuite. Peu après, plusieurs détonations d'armes à feu ont retenti dans le secteur de Byango, une zone située à la limite des deux provinces, confirmant l'attaque et provoquant une panique généralisée.
Selon des sources communautaires, les victimes seraient essentiellement des civils présents sur le site minier au moment de l'attaque. Si un bilan définitif n'était pas encore disponible au moment de la rédaction de cette dépêche, plusieurs témoins évoquent une dizaine de personnes tuées, tandis que d'autres restent portées disparues. Les recherches se poursuivent dans cette région boisée où les conditions sécuritaires compliquent l'accès aux équipes de secours et aux autorités.
« Les premiers habitants qui ont aperçu les hommes armés ont immédiatement crié pour prévenir les creuseurs. Beaucoup ont abandonné leurs outils et ont pris la fuite dans la brousse. Quelques instants plus tard, des rafales d'armes automatiques ont éclaté. Après le départ des assaillants, nous avons découvert plusieurs corps sans vie sur le site. De nombreuses familles sont encore sans nouvelles de leurs proches, car plusieurs personnes se sont dispersées dans la forêt pour tenter d'échapper aux attaques », a confié un notable local sous couvert d'anonymat.
Cette nouvelle incursion a provoqué un important mouvement de déplacement des populations. Des habitants des villages de Mununze, Nziapanda-Bela et Makeke ont quitté précipitamment leurs habitations, emportant le strict minimum. Plusieurs familles ont trouvé refuge dans des localités considérées comme relativement plus sûres, tandis que d'autres passent la nuit en pleine brousse par crainte d'un retour des assaillants. Les activités minières, principale source de revenus pour de nombreuses familles de cette partie de Beni et de Mambasa, sont désormais complètement paralysées. Les exploitants artisanaux ont déserté les carrières, aggravant davantage la précarité économique d'une population déjà confrontée aux conséquences répétées des violences armées.
« Depuis plusieurs mois, les populations vivent dans une peur permanente. Chaque fois que des hommes armés sont signalés, les habitants abandonnent leurs maisons, les agriculteurs laissent leurs champs et les creuseurs désertent les mines. Aujourd'hui encore, les villages se vident progressivement. Les familles cherchent uniquement à sauver leur vie. Nous demandons aux autorités de renforcer rapidement la présence des forces de sécurité afin de protéger les civils et de permettre le retour des déplacés dans leurs villages », a déclaré un responsable de la société civile de la zone.
Les acteurs locaux appellent les autorités militaires à intensifier les opérations de sécurisation dans cette région frontalière du Nord-Kivu et de l'Ituri, régulièrement ciblée par des attaques de groupes armés. Ils estiment que la proximité des zones forestières facilite les mouvements des assaillants et complique les interventions des forces engagées dans les opérations de traque.
Au-delà du lourd bilan humain, cette attaque ravive les inquiétudes des communautés locales quant à la persistance de l'insécurité dans le corridor reliant Beni à Mambasa. Les habitants espèrent un renforcement durable du dispositif sécuritaire afin d'éviter de nouvelles pertes en vies humaines et de permettre la reprise des activités socio-économiques dans cette importante zone minière.
Faraja Katho depuis Beni