Ils sont des milliers de jeunes et de familles originaires de l’espace Kasaï à prendre chaque année la direction de Kinshasa ou du Grand Katanga à la recherche de meilleures conditions de vie. Ce phénomène migratoire, devenu presque une habitude dans plusieurs provinces kasaïennes, s’explique principalement par le manque d’opportunités économiques, l’absence d’emplois et la faiblesse des activités productives locales. Face à cette situation, les populations attendent toujours des réponses concrètes des pouvoirs publics pour inverser la tendance. Dans les gares routières, les points de départ et les grands axes reliant les provinces du Kasaï au reste du pays, le mouvement est devenu presque quotidien. Des hommes, des femmes et surtout des jeunes quittent leurs milieux d’origine avec l’espoir de trouver ailleurs les moyens de subvenir à leurs besoins.
Le Grand Katanga, notamment les villes minières comme Lubumbashi et Kolwezi, ainsi que la capitale Kinshasa, restent les principales destinations de cette migration économique. Pour beaucoup de ces voyageurs, le départ apparaît comme l’unique solution face à l’absence de perspectives dans leurs provinces d’origine. Dans l’espace Kasaï, plusieurs facteurs expliquent cette situation. Le manque d’emplois, la faiblesse des investissements, l’insuffisance des infrastructures économiques et la rareté des activités génératrices de revenus poussent de nombreux habitants à chercher fortune ailleurs.
Certains jeunes diplômés, pourtant formés dans différentes filières, se retrouvent sans débouchés professionnels. D’autres abandonnent leurs activités agricoles faute d’accompagnement et de moyens suffisants pour développer une production rentable.
À Mbujimayi comme dans plusieurs autres villes kasaïennes, la population déplore une économie locale qui peine à offrir des opportunités capables de retenir les forces vives de la région.
« Beaucoup de jeunes quittent le Kasaï non pas parce qu’ils ne veulent pas rester chez eux, mais parce qu’ils ne trouvent pas les conditions nécessaires pour construire leur avenir. Quand une personne termine ses études et ne trouve aucune opportunité d’emploi ou d’entrepreneuriat, elle est naturellement tentée d’aller chercher ailleurs ce qu’elle ne trouve pas dans sa propre province. Cette situation constitue une perte importante pour nos communautés, car ce sont souvent les jeunes actifs qui partent », témoignent plusieurs habitants interrogés sur ce phénomène.
Au-delà des conséquences économiques, cet exode massif entraîne également des impacts sociaux. Certaines familles sont séparées pendant plusieurs années, tandis que les zones de départ perdent une partie importante de leur main-d’œuvre. Pour plusieurs acteurs de développement, la solution passe par la création d’emplois locaux, la promotion de l’agriculture, le soutien aux petites et moyennes entreprises ainsi que la mise en place de politiques publiques capables de stimuler l’économie régionale.
Les populations kasaïennes attendent notamment des actions concrètes du gouvernement afin de créer un environnement favorable à l’investissement et à l’épanouissement des jeunes.
« Le développement d’une province ne peut pas dépendre uniquement des départs de sa population vers d’autres régions. Il faut créer des conditions qui permettent aux jeunes de rester, de travailler et de participer à la croissance de leur propre milieu. Cela passe par des investissements dans l’agriculture, l’industrie, les infrastructures et la formation professionnelle. Sans ces efforts, l’exode va continuer à s’amplifier », analyse un acteur local du développement.
Malgré les nombreuses promesses annoncées au fil des années, les habitants estiment que les réponses tardent encore à se matérialiser sur le terrain. Ils appellent les autorités nationales et provinciales à faire du développement économique de l’espace Kasaï une priorité afin de réduire progressivement cette migration forcée par les difficultés sociales.
Un grand format de Franck Mbambi depuis Mbujimayi.