Butembo : le sociologue Kavusa Mayani Théophile appelle à repenser la place des noms dans les sociétés africaines

Butembo : le sociologue Kavusa Mayani Théophile appelle à repenser la place des noms dans les sociétés africaines

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Ghislain Lukambo

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La question de l’identité portée par les noms et les prénoms suscite une réflexion à Butembo. Le sociologue Kavusa Mayani Théophile estime que l’usage généralisé des prénoms dans les sociétés africaines est largement lié à l’influence de la colonisation, notamment à travers les pratiques religieuses et administratives introduites par les colonisateurs. Il appelle ainsi à une meilleure compréhension de la signification des noms et postnoms dans les traditions africaines.

Selon cet analyste, les pratiques de dénomination ont progressivement évolué sous l’influence extérieure, au point de reléguer au second plan certains noms et postnoms auxquels les communautés attribuaient une signification particulière. Il considère que cette évolution mérite d’être interrogée, particulièrement lorsqu’il s’agit de la transmission de l’identité culturelle aux nouvelles générations.

« Dans notre compréhension de la tradition africaine, il faut reconnaître que les noms et les postnoms occupent une place importante dans l’identification d’une personne. L’influence de la colonisation a progressivement introduit d’autres formes de dénomination, notamment à travers les religions et les administrations qui ont été implantées dans nos sociétés. Il est donc important de comprendre que derrière un nom ou un postnom, il peut y avoir une histoire, une identité, une appartenance familiale ou encore une circonstance particulière liée à la naissance de l’enfant. C’est pourquoi nous devons réfléchir à la manière dont nous transmettons aujourd’hui ces éléments de notre identité culturelle », explique Kavusa Mayani Théophile.

Le sociologue distingue ainsi le nom du postnom dans leur fonction traditionnelle. Le premier peut notamment renvoyer à la place ou à l’identité de l’enfant au sein de sa famille, tandis que le second peut rappeler l’appartenance à une lignée ancestrale ou une circonstance particulière ayant marqué sa naissance. Il estime que la manière de nommer un enfant ne devrait donc pas uniquement répondre aux influences du moment.

Kavusa Mayani Théophile observe par ailleurs que de nombreux parents choisissent aujourd’hui les prénoms de leurs enfants sous l’influence de leur environnement. Certains puisent ces choix dans la Bible, d’autres dans les séries télévisées, les films ou simplement dans les prénoms entendus dans leur entourage. Pour lui, cette tendance pose la question de la connaissance et de la préservation du sens culturel attaché aux noms.

« Aujourd’hui, nous voyons beaucoup de parents donner des prénoms à leurs enfants simplement parce qu’ils ont entendu ces noms dans la rue, dans la Bible, dans les séries ou dans les films. Pourtant, dans notre culture, le choix du nom ne devrait pas être quelque chose de fait au hasard, parce que le nom peut porter une histoire et une identité. Il est donc nécessaire que les parents prennent le temps de comprendre la signification des noms qu’ils donnent à leurs enfants et qu’ils puissent également transmettre aux nouvelles générations la valeur de leurs noms et de leurs origines. Cette réflexion doit nous amener à ne pas abandonner ce qui constitue une partie de notre identité culturelle », souligne Kavusa Mayani Théophile.

Cette réflexion ouvre ainsi le débat sur l’influence des pratiques culturelles héritées de la colonisation, des religions et des médias contemporains sur les modes de dénomination en Afrique, tout en posant la question de la transmission de l’identité culturelle aux générations futures.

Babacar Vikwa, depuis Butembo.

Tags : # Actualité # RDC

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