L’apprentissage du français, de l’anglais ou d’autres langues étrangères ne devrait pas conduire les enfants à délaisser leurs langues maternelles. À Butembo, Paluku Pantalen, chef des travaux au département des langues et littératures de l’ISP Muhangi, appelle les parents à promouvoir un équilibre dans l’éducation linguistique de leurs enfants, afin de préserver à la fois leur ouverture au monde et leur identité culturelle.
Dans un entretien accordé ce vendredi 4 septembre à la RTEE Kivu, cet enseignant estime que l’apprentissage des langues étrangères constitue un atout important pour l’avenir des enfants, notamment en matière de communication, d’études et d’ouverture sur d’autres cultures. Toutefois, il met en garde contre une éducation qui imposerait exclusivement le français ou l’anglais, au point de marginaliser la langue maternelle, à l’instar du kinande dans la région de Butembo. Selon lui, une telle approche risque progressivement d’éloigner l’enfant de ses racines et de son environnement culturel.
« Il est important pour les parents de comprendre que l’apprentissage d’une langue étrangère ne signifie pas que l’enfant doit abandonner sa langue maternelle. Lorsqu’un enfant grandit en ne parlant que le français ou l’anglais et qu’on lui interdit ou décourage l’usage de sa langue familiale, il risque de perdre progressivement le contact avec une partie de son identité. La langue maternelle est le premier moyen par lequel l’enfant entre en relation avec sa famille, son milieu et sa culture. Elle lui permet de mieux comprendre ses origines et de se situer dans son environnement. Nous ne sommes donc pas contre l’apprentissage des langues étrangères, au contraire, nous encourageons les enfants à apprendre plusieurs langues, mais cela doit se faire sans sacrifier la langue qui constitue leur premier héritage culturel. », explique Paluku Karongo Pantaleon.
Le chef des travaux à l’ISP Muhangi condamne ainsi toute forme d’exclusivité linguistique dans l’éducation des enfants. Pour lui, la maîtrise de plusieurs langues peut constituer une richesse, à condition que cette diversité linguistique ne se traduise pas par l’effacement de la langue maternelle. Il encourage notamment les parents à continuer à communiquer avec leurs enfants dans la langue familiale, tout en leur offrant la possibilité d’apprendre d’autres langues utiles à leur parcours scolaire et professionnel.
« Nous devons chercher un équilibre. L’enfant peut parfaitement apprendre le français, l’anglais et même d’autres langues, tout en conservant la maîtrise de sa langue maternelle. Il ne faut pas présenter ces langues comme si elles étaient en concurrence. La langue étrangère ouvre l’enfant à d’autres horizons, tandis que la langue maternelle lui permet de rester en contact avec sa famille, son histoire, ses valeurs et ses origines. C’est pourquoi nous invitons les parents à ne pas avoir honte de transmettre leur langue aux enfants. Parler plusieurs langues est une richesse, mais oublier la langue maternelle au profit des langues étrangères peut créer une rupture avec l’environnement culturel de l’enfant. », poursuit-il.
Paluku Pantalen appelle donc les familles à considérer l’éducation linguistique comme un processus complémentaire plutôt qu’exclusif. Pour cet enseignant, la promotion des langues étrangères doit aller de pair avec la transmission des langues locales, afin de permettre aux enfants de bénéficier des opportunités offertes par le multilinguisme tout en conservant le lien avec leur identité culturelle.
Dossier Degusto Muhindo, depuis Butembo