Près de cinq ans après l’introduction du système Licence-Master-Doctorat, LMD, dans l’enseignement supérieur et universitaire en République démocratique du Congo, son impact sur l’insertion professionnelle et l’entrepreneuriat des jeunes diplômés reste encore limité à Butembo. Alors que plusieurs universités et instituts supérieurs de la région procèdent actuellement à la clôture de l’année académique 2025-2026 et aux défenses des travaux de fin de cycle, la question de l’adéquation entre la formation universitaire et les besoins du marché de l’emploi refait surface.
Pour l’économiste Muhindo Tasi Jackson, enseignant au département des ressources humaines à l’ISAM Lubero, les difficultés rencontrées par les jeunes diplômés pour intégrer le monde professionnel ou créer leurs propres activités sont liées à plusieurs facteurs, notamment l’insuffisance des possibilités de mise en pratique des connaissances acquises à l’université.
Dans une interview exclusive accordée à la RTEE Kivu ce samedi 8 août, il estime que la responsabilité est partagée entre les établissements de formation et les étudiants eux-mêmes.
« Lorsqu’on observe la situation de nos jeunes diplômés sur le terrain, on constate effectivement qu’il existe encore un décalage entre certaines formations reçues dans les établissements d’enseignement supérieur et les réalités du marché. Le problème ne doit pas être attribué uniquement aux étudiants. Il y a également une responsabilité du côté des formateurs et des institutions qui doivent davantage rapprocher la formation des besoins réels de la société. Mais les étudiants doivent aussi prendre conscience qu’un diplôme ne suffit plus à lui seul pour garantir un emploi ou une réussite entrepreneuriale. Ils doivent développer des compétences pratiques, apprendre à identifier les opportunités et surtout adapter leurs profils aux besoins du marché. Si un jeune sort de l’université avec uniquement des connaissances théoriques et qu’il ne sait pas comment les mettre en pratique, il lui sera difficile de se positionner dans le monde professionnel actuel. »
L’économiste estime ainsi que le système LMD doit davantage être accompagné par des mécanismes permettant aux étudiants de mettre leurs connaissances en pratique avant même l’obtention de leurs diplômes.
Pour Muhindo Tasi Jackson, l’un des moyens permettant aux étudiants de réduire le fossé entre la théorie et la pratique reste le développement des stages professionnels. Il encourage les jeunes qui envisagent de poursuivre des études supérieures à rechercher, parallèlement à leur formation académique, des expériences professionnelles susceptibles de leur permettre de mieux comprendre les réalités du marché.
« Aujourd’hui, on peut se poser la question de savoir ce qui a réellement changé avant et après l’arrivée du système LMD. Cela fait déjà près de cinq ans que ce système est appliqué dans notre pays, mais sur le terrain, beaucoup de jeunes continuent à rencontrer les mêmes difficultés d’insertion. Le LMD ne doit pas être seulement un changement dans la manière d’organiser les cycles d’études. Il doit également permettre à l’étudiant d’acquérir des compétences directement utiles dans la vie professionnelle. C’est pourquoi je conseille fortement aux étudiants de faire des stages, même pendant leurs études. Le stage permet de découvrir le fonctionnement d’une entreprise, d’un service ou d’une organisation, mais aussi de développer un réseau professionnel. Lorsqu’un étudiant termine ses études avec une expérience pratique, il a beaucoup plus de possibilités de saisir rapidement une opportunité ou même de créer sa propre activité. »
Cette réflexion intervient alors que plusieurs milliers de jeunes obtiennent chaque année leurs diplômes dans les universités et instituts supérieurs de la région, mais peinent ensuite à accéder à un emploi correspondant à leur formation. Dans certains cas, cette situation pousse des diplômés à exercer des activités sans rapport direct avec leur domaine d’études, tandis que d’autres restent pendant plusieurs années à la recherche d’un emploi.
Pourtant, plusieurs établissements d’enseignement supérieur mettent en avant l’entrepreneuriat et la professionnalisation dans leurs programmes, avec notamment l’ambition de former des jeunes capables de créer des emplois plutôt que de se limiter à en rechercher.
Mais pour les observateurs, cette ambition nécessite davantage d’accompagnement, notamment à travers des stages, des incubateurs, des financements et une meilleure collaboration entre les établissements de formation et le secteur privé.
L’adaptation des formations aux réalités économiques locales apparaît également comme un enjeu majeur dans une ville où les opportunités d’emploi formel restent limitées.
Le débat autour de l’efficacité du système LMD devrait donc se poursuivre, avec pour principal objectif de faire en sorte que les compétences acquises dans les établissements d’enseignement supérieur puissent réellement répondre aux besoins du marché et contribuer au développement économique local.
Esperanza Sindani, pour la RTEE Kivu