À Kisangani, les personnes sourdes veulent être pleinement associées à la riposte contre la maladie à virus Ebola. Alors que la communication constitue l’un des principaux outils de prévention dans une province de la Tshopo confrontée à l’épidémie, cette catégorie de la population déplore des difficultés persistantes d’accès aux informations sanitaires. Pour répondre à cette situation, le Réseau national des interprètes et communicateurs gestuels, avec l’appui de la Croix-Rouge, a organisé une séance de sensibilisation destinée aux personnes vivant avec un handicap auditif.
Dans une province où la sensibilisation est considérée comme essentielle pour limiter la propagation de la maladie, les personnes sourdes estiment toutefois ne pas avoir toujours été suffisamment prises en compte dans les activités de communication sur Ebola.
« Nous constatons que les personnes sourdes ne bénéficient pas toujours des informations nécessaires sur la maladie à virus Ebola. Pourtant, elles ont les mêmes droits que les autres membres de la communauté à être informées et à connaître les mesures de prévention. Nous plaidons donc pour que les messages de la riposte soient systématiquement adaptés à la langue des signes afin que personne ne soit laissé de côté », a déploré Gilbert Kazingufu, superviseur provincial du Réseau national des interprètes et communicateurs gestuels de la Tshopo.
Cette préoccupation est également exprimée par Okitakondo Augustin, enseignant à l’École Centre Espoir des Sourds. Il regrette que les personnes vivant avec un handicap auditif aient pendant longtemps été insuffisamment sensibilisées sur les risques liés à Ebola. La rencontre organisée à Kisangani a ainsi permis de renforcer leurs connaissances sur les mesures barrières, les comportements à adopter en cas d’apparition de symptômes et les moyens de se protéger contre la maladie.
La question des rumeurs autour d’Ebola a également été abordée au cours de cette séance. Ces fausses informations peuvent compliquer le travail des équipes de riposte et renforcer la méfiance au sein des communautés, notamment dans certaines zones comme le territoire de Bafwasende. Des explications ont été fournies par le docteur Leblanc, chef de base de la réponse contre la maladie à virus Ebola et volontaire de la Croix-Rouge.
« Face à une épidémie comme Ebola, l’information correcte est une arme importante pour protéger la communauté. Les rumeurs peuvent créer la peur, la méfiance et pousser certaines personnes à rejeter les messages de prévention. Il est donc important que chaque catégorie de la population puisse recevoir une information fiable, comprise et adaptée à sa situation, y compris les personnes sourdes », a expliqué le docteur Leblanc, volontaire de la Croix-Rouge.
Pendant qu’Ebola impose la vigilance à l’ensemble de la population, les personnes sourdes refusent ainsi de rester en marge de l’information sanitaire. Elles demandent que leur accessibilité aux messages de prévention soit davantage prise en compte dans les activités de riposte, afin de pouvoir, elles aussi, contribuer efficacement à la lutte contre l’épidémie.
Elie Lenge depuis Kisanganni