Sud-Kivu : un collectif d’intellectuels appelle à la reprise des activités académiques à Goma et Bukavu

Sud-Kivu : un collectif d’intellectuels appelle à la reprise des activités académiques à Goma et Bukavu

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Yassin K.

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La suspension des activités académiques dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur de Goma et Bukavu continue de susciter des réactions. Dans ce contexte, un collectif d’enseignants, chercheurs, étudiants, cadres scientifiques et intellectuels du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a lancé une pétition en ligne pour réclamer la reprise des activités universitaires et la protection des établissements concernés contre toute instrumentalisation politique ou militaire. La pétition, publiée sur la plateforme Change.org le 9 septembre 2026, vise notamment à mobiliser autour de la continuité de la formation des étudiants.

Les initiateurs demandent notamment le retrait des actes de nomination qu’ils attribuent à la coordination de l’AFC/M23 dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et Bukavu. Ils demandent également au gouvernement congolais de rapporter la mesure de suspension des activités académiques et para-académiques prise le 20 août 2026. Selon le collectif, les universités doivent rester des espaces consacrés à l’enseignement, à la recherche et au dialogue, indépendamment des tensions politiques et militaires qui affectent la région.

Emmanuel Nfizi, assistant au département de sociologie de l’Université Officielle de Bukavu et membre de ce collectif, explique que la démarche est principalement motivée par la volonté de préserver la continuité de la formation. Il estime que les étudiants ne devraient pas supporter les conséquences des différends opposant les différents acteurs autour de la gestion des établissements universitaires.

« De manière globale, cette initiative tient compte de l’intérêt supérieur des étudiants et, au-delà, de l’ensemble de la communauté universitaire. Comme enseignants, chercheurs, étudiants, cadres scientifiques et intellectuels, nous avons estimé qu’il était important de lancer cette pétition avec des recommandations concrètes adressées aux différentes parties. Notre préoccupation première est que les universités puissent être sanctuarisées et rester des espaces de savoir, de recherche et de formation. Les étudiants doivent pouvoir poursuivre leur parcours académique et ne devraient pas être les principales victimes d’une situation politique ou militaire qui ne relève pas de leur responsabilité », a expliqué Emmanuel Nfizi.

Le collectif demande ainsi que les établissements d’enseignement supérieur concernés soient préservés de toute politisation et de toute implication dans le conflit. Dans sa pétition, il sollicite notamment de l’AFC/M23 le retrait des actes de nomination pris les 29 mai 2025, 25 juin 2025 et 7 août 2026, tandis qu’il demande au gouvernement de revoir l’arrêté ministériel du 20 août 2026 afin de permettre la reprise des activités académiques et para-académiques.

Emmanuel Nfizi insiste également sur la nécessité de garantir la neutralité des universités et appelle les différentes parties à préserver les établissements universitaires des conséquences du conflit.

« Nous voulons dire clairement que les établissements de l’enseignement supérieur et universitaire doivent rester neutres dans la guerre qui se déroule aujourd’hui. Ce ne sont pas des lieux de politisation et encore moins des espaces qui doivent être utilisés dans les affrontements entre les parties. C’est pourquoi nous demandons à l’AFC/M23 de retirer les décisions de nomination qui concernent les comités de gestion des établissements concernés. Nous demandons également au gouvernement congolais de revoir sa décision de suspension des activités académiques, parce qu’une interruption, même de quelques semaines, perturbe l’ensemble du fonctionnement universitaire et compromet la formation des étudiants. L’intérêt supérieur des étudiants doit rester au centre de toutes les décisions », a déclaré Emmanuel Nfizi.

La pétition intervient alors que le gouvernement congolais avait suspendu, par un arrêté ministériel du 20 août 2026, les activités académiques et para-académiques de l’année 2026-2027 dans onze établissements publics de Goma et Bukavu. Cette décision est intervenue dans un contexte de tensions autour de la gestion de plusieurs établissements universitaires, après des nominations de membres de comités de gestion annoncées par l’AFC/M23.

Les étudiants ont également exprimé leur volonté de voir cette suspension levée. Dans un mémorandum présenté le 16 septembre, leurs représentants à Goma et Bukavu ont demandé la reprise des activités, affirmant que leur démarche était estudiantine, pacifique et apolitique. Ils estiment que leur formation ne devrait pas être interrompue en raison de différends politiques ou militaires dont ils ne sont pas responsables.

Sur Change.org, le collectif à l’origine de la pétition affirme vouloir recueillir jusqu’à 100 000 signatures. Il demande également la continuité académique, la validation des acquis de l’année 2025-2026 et une gouvernance universitaire conforme au cadre légal congolais. Au moment de la consultation de la pétition, la plateforme affichait 597 signatures vérifiées, ce qui constitue un état intermédiaire susceptible d’évoluer.

Pour les initiateurs, l’enjeu dépasse donc la seule réouverture des amphithéâtres. Ils souhaitent que les universités de Goma et Bukavu demeurent des espaces de formation, de recherche et de liberté académique, tout en demandant aux différentes parties impliquées dans la crise de préserver les institutions universitaires de ses conséquences.

Eugide Abalawi, depuis Bukavu

Tags : # Actualité # Bukavu # Goma # Nord-Kivu # RDC # Sud-Kivu

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