Sud-Kivu : le changement climatique bouleverse le calendrier agricole et menace les écosystèmes forestiers

Sud-Kivu : le changement climatique bouleverse le calendrier agricole et menace les écosystèmes forestiers

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Ghislain Lukambo

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Les effets du changement climatique se font désormais ressentir avec une intensité croissante dans plusieurs territoires du Sud-Kivu. Perturbation des saisons culturales, augmentation progressive des températures, dégradation des forêts et pression grandissante sur la biodiversité : les conséquences de ce phénomène environnemental affectent directement les conditions de vie des populations locales et suscitent de vives inquiétudes parmi les spécialistes.

Selon plusieurs observateurs, les agriculteurs sont aujourd'hui confrontés à un dérèglement inédit du calendrier agricole. Les périodes de pluie deviennent de plus en plus imprévisibles, tandis que les épisodes de sécheresse ou de fortes précipitations se multiplient. Cette instabilité climatique perturbe les cycles de production, réduit les rendements agricoles et accentue l'insécurité alimentaire dans plusieurs localités de la province.

Au-delà des exploitations agricoles, les forêts du Sud-Kivu subissent également les effets de ces bouleversements. La hausse des températures, combinée aux activités humaines telles que la déforestation et l'exploitation incontrôlée des ressources naturelles, accélère la dégradation des écosystèmes. Cette situation menace de nombreuses espèces animales et végétales, tout en réduisant la capacité des forêts à réguler le climat et à protéger les ressources en eau.

Les spécialistes estiment que les conséquences du changement climatique ne se limitent plus aux seules questions environnementales. Elles touchent désormais les secteurs de l'économie, de la santé publique, de la sécurité alimentaire et du développement local. Les ménages les plus vulnérables, fortement dépendants de l'agriculture, figurent parmi les premières victimes de ces dérèglements.

Professeur à la Faculté d'agronomie de l'Université Évangélique en Afrique (UEA) de Bukavu, le Docteur Géant Cuma Basimine explique que les modifications observées sur le terrain traduisent une transformation profonde des conditions climatiques auxquelles les communautés étaient traditionnellement habituées.

« Depuis plusieurs années, nous observons une modification progressive des saisons agricoles. Les pluies arrivent parfois avec plusieurs semaines de retard, s'interrompent brusquement ou tombent avec une intensité inhabituelle. Cette irrégularité rend extrêmement difficile la planification des activités agricoles et expose les producteurs à des pertes importantes. Ce qui relevait autrefois d'un calendrier relativement stable devient aujourd'hui imprévisible, avec des conséquences directes sur les récoltes et les revenus des ménages. »

Le chercheur souligne également que les effets du réchauffement climatique dépassent largement le cadre de l'agriculture et compromettent l'équilibre écologique de toute la région.

« La hausse progressive des températures exerce une pression considérable sur les écosystèmes forestiers. Certaines espèces végétales et animales voient leur habitat se réduire ou disparaître progressivement. Lorsque les forêts sont dégradées, elles perdent leur capacité à stocker le carbone, à protéger les sols contre l'érosion et à maintenir le cycle naturel de l'eau. La protection des espaces forestiers constitue aujourd'hui un enjeu majeur pour préserver la biodiversité et renforcer la résilience des communautés face au changement climatique. »

Face à cette situation, le Docteur Géant Cuma Basimine plaide pour une mobilisation collective impliquant les pouvoirs publics, les institutions de recherche, les organisations de la société civile et les communautés locales.

« Les solutions existent, mais elles nécessitent une véritable volonté collective. Il faut promouvoir des pratiques agricoles adaptées aux nouvelles réalités climatiques, renforcer les programmes de reboisement, protéger les bassins versants et sensibiliser davantage les populations à la gestion durable des ressources naturelles. Le changement climatique n'est plus une menace pour demain ; il affecte déjà notre quotidien. Les décisions que nous prendrons aujourd'hui détermineront la capacité des générations futures à vivre dans un environnement sain et productif. »

Les experts rappellent que l'adaptation au changement climatique constitue désormais une priorité pour les provinces de l'Est de la République démocratique du Congo. Ils encouragent la mise en œuvre de politiques environnementales ambitieuses, capables de concilier la protection des ressources naturelles, le développement agricole et l'amélioration des conditions de vie des populations.

Reportage Kagheni Asifiwe depuis Bukavu

Tags : # Actualité # RDC # Sud-Kivu

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