Les professionnels de santé de la cité de Kiliba, dans la plaine de la Ruzizi en territoire d'Uvira, tirent la sonnette d'alarme face à l'augmentation des cas de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans. Selon les responsables sanitaires, cette situation est aggravée par l'insécurité persistante, les déplacements répétés des populations ainsi que les effets du changement climatique, qui fragilisent les moyens de subsistance des ménages et limitent l'accès aux soins de santé.
Au Centre hospitalier Kiliba CEPAC, les équipes médicales observent une hausse du nombre d'enfants admis pour malnutrition aiguë. Les structures sanitaires expliquent que de nombreuses familles éprouvent désormais des difficultés à assurer une alimentation équilibrée à leurs enfants, conséquence directe de la baisse de la production agricole et de la dégradation des conditions de vie dans cette partie du Sud-Kivu.
Les conflits armés ayant entraîné des déplacements de populations, combinés aux perturbations climatiques affectant les saisons agricoles, ont considérablement réduit les récoltes et les revenus des ménages. Cette situation compromet la sécurité alimentaire de nombreuses familles, particulièrement celles vivant de l'agriculture.
Le médecin directeur du Centre hospitalier Kiliba CEPAC, le Dr Imani, estime que la malnutrition constitue aujourd'hui l'une des principales préoccupations sanitaires dans la région et appelle à une mobilisation renforcée des autorités et des partenaires humanitaires.
« Nous enregistrons une augmentation inquiétante des cas de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans. Les principales causes sont l'insécurité qui pousse les familles à abandonner leurs champs, les déplacements répétés des populations et les effets du changement climatique qui réduisent fortement les productions agricoles. Les enfants sont les premières victimes de cette crise alimentaire, et sans une réponse rapide, les conséquences risquent d'être encore plus graves », a dit docteur Imani, médecin directeur du Centre hospitalier Kiliba CEPAC
Les professionnels de santé soulignent que la malnutrition fragilise considérablement le système immunitaire des enfants et les expose davantage aux maladies infectieuses. Ils rappellent que les enfants souffrant de malnutrition sévère nécessitent une prise en charge rapide afin de réduire les risques de complications et de mortalité. Au-delà de la prise en charge médicale, les responsables sanitaires insistent sur la nécessité de renforcer les programmes communautaires de nutrition, de promouvoir l'allaitement maternel exclusif durant les premiers mois de vie et d'améliorer l'accès des familles à une alimentation diversifiée.
« La lutte contre la malnutrition ne peut pas se limiter aux centres de santé. Il est indispensable de soutenir les ménages les plus vulnérables, de renforcer les programmes de supplémentation nutritionnelle, d'améliorer l'accès aux soins et de relancer la production agricole. Une approche multisectorielle est essentielle si nous voulons protéger durablement les enfants contre cette crise nutritionnelle. »
Les acteurs sanitaires appellent également les partenaires humanitaires à intensifier leurs interventions dans la plaine de la Ruzizi, notamment par la distribution d'aliments thérapeutiques, le dépistage précoce de la malnutrition et le renforcement des activités de sensibilisation auprès des communautés. Selon eux, la lutte contre la malnutrition passe également par le rétablissement de conditions favorables au développement agricole et à la stabilité sécuritaire, deux facteurs indispensables pour garantir la sécurité alimentaire des populations.
« Chaque enfant victime de malnutrition représente une urgence médicale et un défi pour notre système de santé. Nous invitons les autorités, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations humanitaires à renforcer leur soutien afin que tous les enfants puissent bénéficier d'une alimentation adéquate et d'une prise en charge précoce. Investir dans la nutrition aujourd'hui, c'est préserver la santé et l'avenir de toute une génération. »
Face à cette situation, les professionnels de santé de Kiliba réitèrent leur appel à une réponse coordonnée impliquant les autorités publiques, les partenaires humanitaires et les communautés locales afin de réduire la malnutrition infantile et de renforcer la résilience des populations face aux crises alimentaire, sécuritaire et climatique.
Eugide Abalawi, depuis Kiliba, territoire d'Uvira.