La succion du doigt chez l’enfant, et parfois même chez l’adulte, suscite souvent des interrogations au sein des familles. S’agit-il d’une simple habitude sans gravité ou d’un signe révélateur d’un mal-être plus profond ? Pour le psychologue clinicien Trophim Muhindo, cette pratique doit être analysée en fonction de plusieurs paramètres, notamment l’âge, la fréquence et le contexte dans lequel elle se manifeste.
Selon ce spécialiste, le fait de sucer le pouce ou les doigts chez le nourrisson est un comportement naturel qui ne doit pas inquiéter les parents. Il rappelle que le réflexe de succion existe déjà avant la naissance et joue un rôle essentiel dans le développement du bébé.
« Chez le nourrisson, sucer son pouce n’a rien d’anormal. Le réflexe de succion existe déjà in utero et permet au bébé non seulement de se nourrir, mais aussi de s’apaiser et de se calmer. C’est un mécanisme naturel de régulation émotionnelle et physiologique qui accompagne les premières étapes du développement de l’enfant », explique le psychologue Trophim Muhindo, praticien au centre Muyisa.
Dans la majorité des cas, poursuit-il, cette habitude ne relève pas d’un trouble psychologique, mais plutôt d’une étape normale de croissance et d’adaptation. Elle participe même au processus d’auto-apaisement chez le jeune enfant. Cependant, la question de la durée de cette pratique reste essentielle pour les spécialistes. Jusqu’à quel âge peut-on considérer ce comportement comme normal sans qu’il ne devienne préoccupant ?
« La succion du doigt est généralement considérée comme normale de la naissance jusqu’à environ 3 ou 4 ans. Elle est particulièrement fréquente entre 6 mois et 2 ans. Mais au-delà de 5 ou 6 ans, surtout lorsqu’elle devient quotidienne, intense et difficile à contrôler, il est important de rester vigilant. Dans certains cas, cela peut être le signe d’une anxiété persistante ou d’un mal-être émotionnel », précise le psychologue.
Il ajoute que lorsque ce comportement s’accompagne d’autres signes tels que l’isolement, des difficultés scolaires, un retard de développement ou une anxiété marquée, une évaluation psychologique devient alors nécessaire afin d’identifier d’éventuels troubles sous-jacents. Enfin, le psychologue Trophim Muhindo rassure les parents sur la possibilité de corriger progressivement cette habitude, tout en soulignant la nécessité de patience et d’accompagnement adapté.
« L’arrêt de la succion du doigt est possible, mais il ne doit pas être brusqué. Il demande du temps, de la compréhension et un accompagnement bienveillant de la part des parents. Il est important d’éviter les punitions ou les humiliations, et plutôt d’encourager l’enfant à adopter progressivement d’autres moyens d’apaisement », conclut-il.
Les spécialistes recommandent ainsi une approche équilibrée, basée sur l’observation, le dialogue et, si nécessaire, l’accompagnement psychologique, afin de mieux comprendre et encadrer ce comportement courant chez les enfants.