La création du Front pour la refondation de la Nation (FRN), un nouveau mouvement politico-militaire dirigé par l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, suscite de vives réactions au sein de la classe politique congolaise. Plusieurs acteurs politiques y voient un signe supplémentaire de son implication présumée dans la déstabilisation du pays. Cette annonce intervient dans un contexte sécuritaire tendu, alors que des démissions sont également signalées au sein de son ancienne formation politique, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).
Parmi les voix qui dénoncent cette initiative figure Philémon Matumo, membre du Bloc uni pour la renaissance et l’émergence du Congo (BUREC). Il juge inconcevable qu’un ancien chef de l’État, qui a dirigé les institutions du pays, puisse désormais se retrouver à la tête d’un mouvement politico-militaire opposé au pouvoir central.
« Il est inconcevable qu’une personne à qui la République a tout donné puisse aujourd’hui prendre le statut de rebelle et prendre les armes contre son propre pays », déplore Philémon Matumo.
Pour cet acteur politique, cette orientation constitue une rupture avec les responsabilités liées à la fonction présidentielle. Il estime que les différends politiques ne devraient pas conduire à une confrontation armée, au risque d’aggraver l’insécurité et de fragiliser davantage les institutions nationales.
De son côté, Me Achille Kapanga, ancien maire de Beni et notable de la région, considère que cette nouvelle position de Joseph Kabila pourrait contribuer à éclairer les débats sur les causes de l’insécurité persistante dans l’est de la RDC. Selon lui, les autorités devraient tirer les conséquences de cette évolution pour mieux cerner les enjeux du conflit et rechercher des solutions adaptées.
« Cette évolution permet de mieux comprendre les enjeux qui entourent l’insécurité dans notre pays. Elle devrait également aider les autorités à mieux cerner le problème et à rechercher des solutions adaptées », souligne Me Achille Kapanga.
Annoncé à Goma le 12 octobre 2026, après des réunions tenues les 10 et 11 octobre, le FRN est dirigé par Joseph Kabila. Parmi les personnalités qui y figurent se trouvent Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante et coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), ainsi que Bertrand Bisimwa, responsable du M23. Le mouvement annonce une mutualisation des forces et des ressources et revendique la possibilité de recourir à la force contre le pouvoir de Kinshasa, une orientation qui soulève des préoccupations quant à ses conséquences sur la sécurité et les perspectives de paix.
La création de cette structure s’accompagne de remous au sein du PPRD. Plusieurs démissions et prises de distance sont signalées depuis l’annonce du FRN, révélant des divergences autour de cette nouvelle orientation politico-militaire. L’ampleur de ces départs et leurs conséquences sur l’organisation du parti restent toutefois à préciser.
Alors que l’est de la RDC demeure confronté à une crise sécuritaire persistante, cette recomposition politique intervient dans un contexte marqué par des efforts diplomatiques visant à trouver une issue au conflit. Entre les accusations formulées par les détracteurs de Joseph Kabila, les objectifs revendiqués par le FRN et les divisions signalées au sein du PPRD, cette initiative ouvre une nouvelle séquence de tensions politiques dont les conséquences sur la sécurité et le processus de paix restent à observer.
Moïse Ndungo, à Butembo