Après sa rencontre avec le président burundais Évariste Ndayishimiye à Bujumbura, la plateforme de l’opposition affirme vouloir contribuer à une sortie de crise, mais exige notamment un engagement public de Félix Tshisekedi contre toute modification de la Constitution. La coalition de l’opposition C64 a rendu publiques ce jeudi 9 juillet 2026 à Kinshasa les conclusions de son échange avec le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye.
Au cours d’une conférence de presse organisée au Centre d’études pour l’action sociale, CEPAS, la plateforme politique est revenue sur les contours de cette rencontre tenue à Bujumbura, dans le cadre des consultations engagées autour de la crise multidimensionnelle que traverse la République démocratique du Congo.
La C64 affirme que cette audience n’a pas été sollicitée par ses dirigeants. Selon Jean-Marc Kabund-A-Kabund, leader de la coalition, l’initiative serait venue du président burundais après ses échanges avec le président congolais Félix Tshisekedi, avec l’objectif d’écouter directement les positions de l’opposition congolaise.
« Nous tenons à préciser que cette rencontre n’a pas été une démarche de notre part. C’est le président en exercice de l’Union africaine qui a souhaité entendre la voix de l’opposition congolaise, après ses échanges avec le chef de l’État congolais. Nous avons accepté cette invitation dans un esprit de responsabilité, parce que la situation du pays exige que toutes les forces puissent exprimer leurs préoccupations autour d’une même table. », a déclaré Jean-Marc Kabund-A-Kabund.
Au centre des échanges, la C64 dit avoir défendu l’idée d’un dialogue national qu’elle souhaite « véritablement inclusif ». Pour cette plateforme, la résolution durable de la crise congolaise passe par une concertation réunissant les différentes composantes politiques et sociales du pays. La coalition estime que les difficultés actuelles de la RDC ne sont pas uniquement liées à la situation sécuritaire dans l’Est, mais également aux questions institutionnelles et politiques qui nécessitent, selon elle, un consensus national.
« Nous avons porté auprès du président burundais le message selon lequel la paix durable en République démocratique du Congo ne peut être obtenue sans s’attaquer aux causes profondes de la crise. Il faut un dialogue qui rassemble toutes les forces vives, un dialogue capable de restaurer la confiance entre les acteurs et de construire des solutions acceptées par l’ensemble du peuple congolais. », a ajouté le responsable de la coalition.
Toutefois, la C64 a posé plusieurs conditions avant toute participation à un éventuel dialogue national. La principale exigence concerne la question constitutionnelle. La plateforme affirme qu’elle ne prendra part à aucune initiative de concertation tant que le président Félix Tshisekedi n’aura pas renoncé publiquement à tout projet de changement ou de révision de la Constitution. La coalition réclame également la libération des personnes qu’elle considère comme des prisonniers politiques, l’arrêt des poursuites judiciaires qu’elle qualifie de politiques et maintient son appel à une marche pacifique annoncée pour le 22 juillet prochain.
« Notre participation à un dialogue ne peut pas se faire dans un climat de méfiance. Nous demandons des garanties claires, notamment sur la question constitutionnelle. Le peuple congolais doit être rassuré sur le respect des équilibres démocratiques. Nous appelons également à la libération des prisonniers politiques et à l’ouverture d’un véritable espace d’expression pour toutes les sensibilités. », a indiqué la C64 dans une correspondance.
Quelques heures après cette restitution, le cortège de l’opposant Martin Fayulu a été pris à partie à Kinshasa. Son entourage accuse des éléments de la police ainsi que des membres des Forces du Progrès d’avoir été impliqués dans cette altercation.
La situation politique reste donc tendue en République démocratique du Congo, alors que les appels au dialogue se multiplient dans un contexte marqué par les défis sécuritaires dans l’Est du pays et les débats autour de l’avenir institutionnel de la République.
DEGUSTO MUHINDO