L’annonce de l’organisation prochaine d’un dialogue entre Congolais continue de susciter des réactions dans les milieux politiques, sociaux et citoyens en République démocratique du Congo. Pour l’analyste indépendant et coordonnateur du mouvement Éveil Citoyen, l’architecte Kabambi Kananga Yves Célestin, cette initiative résulte d’une combinaison de pressions internes et externes exercées sur le pouvoir, notamment par l’opposition, les forces vives de la nation ainsi que certains partenaires diplomatiques de la RDC. Selon lui, l’histoire politique congolaise démontre que le dialogue est progressivement devenu un mécanisme privilégié pour tenter de résoudre les crises profondes qui secouent le pays.
Dans une interview exclusive accordée à la RTEEKIVU, Kabambi Kananga Yves Célestin estime que l’acceptation de ce dialogue par le chef de l’État Félix Tshisekedi ne serait pas uniquement une démarche volontaire du pouvoir en place, mais également le résultat d’une dynamique née des revendications portées par plusieurs acteurs nationaux et internationaux.
Pour cet analyste, la mobilisation de l’opposition politique, l’implication de certaines confessions religieuses ainsi que les appels venus de la communauté internationale ont contribué à créer un environnement favorable à l’ouverture de ces discussions.
« Ce dialogue est avant tout le résultat d’une pression interne exercée par les forces vives de la nation, notamment l’opposition politique, la société civile et l’Église, qui n’ont cessé d’appeler à une concertation nationale pour trouver des solutions aux difficultés que traverse notre pays. Il y a également une dimension externe avec l’implication des pays voisins et des partenaires de la RDC qui encouragent une approche politique et diplomatique face aux différentes crises. L’ouverture annoncée par le chef de l’État apparaît donc comme l’aboutissement de plusieurs dynamiques qui se sont développées au fil du temps », explique Kabambi Kananga Yves Célestin.
Revenant sur l’histoire politique récente de la République démocratique du Congo, l’analyste souligne que les différents cycles de crise ont souvent trouvé une issue à travers des mécanismes de dialogue. Il cite notamment les grandes concertations qui ont marqué la vie politique congolaise depuis plusieurs décennies, estimant que cette pratique est devenue une constante dans la recherche de compromis entre acteurs politiques et sociaux. Selon lui, les réalités du pays démontrent que les confrontations prolongées ne permettent pas toujours de résoudre les différends, alors que la négociation politique peut offrir un espace pour rapprocher les positions et construire des solutions consensuelles.
« Lorsque nous observons la chronologie des événements politiques en République démocratique du Congo, nous constatons que le dialogue est devenu une voie régulièrement utilisée pour sortir des périodes de crise. De la Conférence nationale souveraine aux différents accords politiques qui ont suivi, chaque fois que le pays se trouve dans une situation de blocage, le dialogue revient comme un instrument permettant aux acteurs de rechercher un compromis. Cela montre que, dans notre contexte, la confrontation seule ne produit pas toujours les résultats attendus », affirme l’architecte Kabambi Kananga Yves Célestin.
Concernant les attentes liées à ces prochaines assises, le coordonnateur du mouvement Éveil Citoyen place la question sécuritaire parmi les priorités. Il espère que le dialogue permettra d’apporter des réponses concrètes à la crise persistante dans l’Est du pays, notamment à travers la restauration de la paix et la récupération des zones occupées par les groupes armés. Pour lui, les discussions devront également intégrer les préoccupations liées à la gouvernance, au fonctionnement des institutions et aux conditions de vie de la population congolaise.
« Le premier résultat attendu de ce dialogue doit être la pacification de l’Est du pays et la récupération de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo. Mais au-delà de la question sécuritaire, il faut également aborder les problèmes fondamentaux qui touchent la survie du peuple congolais, la gouvernance politique, la justice sociale et le développement. Ces questions doivent être examinées en profondeur pour éviter que le pays continue à accumuler des frustrations et des citoyens indignés », soutient-il.
Kabambi Kananga Yves Célestin appelle toutefois à la prudence sur la notion d’inclusivité annoncée autour du dialogue. Selon lui, l’ouverture des discussions à plusieurs composantes de la société congolaise ne doit pas être interprétée comme une occasion d’accorder une légitimité aux personnes accusées de graves crimes contre la population.
L’analyste estime que la recherche de la paix doit rester compatible avec les exigences de justice et de responsabilité.
Il insiste enfin sur la nécessité de faire de ce dialogue un véritable cadre de résolution des problèmes nationaux et non une simple plateforme de partage du pouvoir entre acteurs politiques. Pour lui, la réussite de ces assises dépendra de la capacité des participants à placer l’intérêt général au-dessus des ambitions individuelles.
une analyse de Ghislain Lukambo, depuis Butembo