RDC : Badilika hausse le ton sur le GENOCOST et exige reconnaissance, justice et mémoire pour les victimes

RDC : Badilika hausse le ton sur le GENOCOST et exige reconnaissance, justice et mémoire pour les victimes

G

Ghislain Lukambo

44 0

L’ONG de défense des droits humains Badilika appelle à une mobilisation nationale et internationale pour faire reconnaître les massacres commis en République démocratique du Congo depuis 1998 comme un processus d’extermination lié notamment au contrôle des ressources naturelles. Dans un rapport consacré au GENOCOST, l’organisation rejette les lectures qui réduisent les violences ayant endeuillé le pays à de simples conflits ethniques ou communautaires. Elle plaide pour une reconnaissance officielle, des mécanismes judiciaires adaptés et une politique nationale de mémoire destinée à honorer les victimes et à mieux comprendre les racines historiques de l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC.

Pour Badilika, les violences qui se poursuivent depuis plusieurs décennies dans l’est du pays doivent être analysées dans leur dimension politique, économique et sécuritaire. L’organisation estime que les différentes crises ayant affecté la RDC ne peuvent être comprises sans prendre en compte les enjeux liés au contrôle des territoires et des ressources naturelles.

Dans cette perspective, l’ONG insiste sur la portée symbolique du 2 août 1998, date correspondant au déclenchement de la deuxième guerre du Congo. Elle estime que cette date devrait occuper une place importante dans la mémoire collective congolaise en raison de l’ampleur des violences et des pertes humaines enregistrées depuis cette période.

Pour Badilika, la commémoration du GENOCOST ne devrait cependant pas être limitée à une cérémonie symbolique. Elle doit également contribuer à préserver la mémoire des victimes, à sensibiliser les générations actuelles et futures et à mettre en lumière les causes profondes des violences qui continuent de fragiliser certaines régions de la RDC.

L’organisation estime notamment que la reconnaissance officielle du GENOCOST constitue une étape indispensable dans la quête de justice et de vérité.

« Nous ne pouvons pas continuer à regarder les violences qui ont frappé la République démocratique du Congo uniquement comme des conflits entre communautés. Il faut reconnaître leur dimension politique, économique et sécuritaire, ainsi que les enjeux liés au contrôle des ressources. La mémoire des victimes doit être préservée et le GENOCOST doit être reconnu comme une réalité historique qui mérite une réponse nationale et internationale », souligne un représentant de Badilika, dans un document analysé par notre rédaction.

Parmi les principales revendications formulées par l’organisation figure la reconnaissance officielle du GENOCOST par les institutions congolaises et internationales. Badilika appelle ainsi la République démocratique du Congo, l’Union africaine et les Nations unies à reconnaître officiellement le GENOCOST et à intégrer les conclusions du rapport Mapping des Nations unies dans les efforts de justice et de recherche de vérité sur les crimes commis en RDC.

Pour l’organisation de défense des droits humains, cette reconnaissance devrait être accompagnée de mécanismes judiciaires permettant de poursuivre les auteurs présumés des crimes graves commis sur le territoire congolais.

Badilika réclame notamment la création d’un tribunal pénal international pour la RDC ainsi que la mise en place de chambres spécialisées mixtes. Ces mécanismes, estime l’organisation, pourraient contribuer à lutter contre l’impunité et permettre aux victimes et à leurs familles d’accéder à la justice.

La deuxième revendication porte donc sur la justice. Pour Badilika, les auteurs présumés des crimes graves ne devraient pas bénéficier de l’impunité en raison de la complexité politique ou sécuritaire du contexte dans lequel les violences ont été commises.

« La reconnaissance du GENOCOST doit nécessairement être accompagnée d’une véritable politique de justice. Nous demandons la mise en place de mécanismes judiciaires spécifiques, notamment un tribunal pénal international pour la RDC et des chambres spécialisées mixtes, afin que les auteurs présumés des crimes les plus graves puissent répondre de leurs actes », affirme l’organisation Badilika dans son rapport.

Au-delà de la reconnaissance et de la justice, l’ONG insiste sur la nécessité de construire une véritable politique nationale de mémoire. Elle propose notamment l’introduction de l’histoire du GENOCOST dans les programmes scolaires, afin de permettre aux jeunes générations de connaître les événements qui ont marqué le pays au cours des dernières décennies.

Badilika plaide également pour la construction de mémoriaux dédiés aux victimes et pour la reconnaissance officielle du 2 août comme journée nationale de deuil et de mémoire. Pour l’organisation, ces initiatives permettraient de donner une place aux victimes dans l’histoire nationale et d’éviter que les violences du passé ne soient progressivement oubliées.

La mémoire est ainsi présentée comme un instrument de prévention. En connaissant les causes et les conséquences des violences passées, les générations futures pourraient mieux comprendre les risques liés à la répétition des mêmes mécanismes de conflit.

Badilika appelle enfin les Congolais vivant en RDC comme ceux de la diaspora à refuser le silence et l’oubli. L’organisation estime que la société congolaise doit continuer à porter la mémoire des victimes et à réclamer justice, indépendamment des appartenances politiques, communautaires ou régionales.

« Le silence et l’oubli ne peuvent pas constituer une réponse aux crimes commis dans notre pays. Honorer les victimes, préserver leur mémoire et rechercher la justice sont des conditions essentielles pour prévenir la répétition des violences. La mémoire doit devenir un outil de construction de la paix et de responsabilisation collective », plaide Badilika.

À travers ces revendications, l’ONG souhaite ainsi inscrire la question du GENOCOST dans un débat plus large sur la justice transitionnelle, la mémoire collective et la prévention des conflits en République démocratique du Congo. Pour Badilika, la reconnaissance des crimes du passé ne constitue pas seulement une démarche tournée vers les victimes. Elle doit également permettre de mieux comprendre les mécanismes qui ont favorisé la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays et de contribuer à la construction d’un avenir débarrassé de l’impunité.

Le débat autour du GENOCOST reste ainsi appelé à se poursuivre, tant au niveau national qu’international, avec en toile de fond les attentes des victimes, de leurs familles et des organisations de défense des droits humains qui réclament depuis plusieurs années vérité, justice et réparation.

JOHN KAYUMBA, depuis Kinshasa

Tags : # Actualité # RDC

Articles similaires