La création du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila Kabange, suscite de vives réactions dans les milieux politiques et au sein de la société civile. Annoncé lundi 12 octobre 2026 à Goma, ce nouveau mouvement politico-militaire se présente comme le successeur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et s’inscrit dans un contexte sécuritaire tendu dans l’Est de la République démocratique du Congo. Cette initiative soulève notamment des interrogations sur l’avenir des négociations en cours pour mettre fin au conflit.
Pour le professeur ordinaire Muhindo Mughanda, enseignant en sciences politiques et relations internationales à l’Université officielle de Ruwenzori, cette évolution n’est pas surprenante. Il rappelle que plusieurs rapports et enquêtes ont déjà évoqué des liens présumés entre Joseph Kabila et la dynamique de l’AFC-M23. Ces accusations sont contestées par l’ancien président, qui a notamment dénoncé des procédures à caractère politique. Le professeur estime néanmoins que la nouvelle configuration impose de réexaminer les stratégies envisagées pour parvenir à la paix.
« Cette évolution ne me surprend pas au regard des éléments et des rapports qui ont déjà évoqué les liens présumés entre l’ancien président et la rébellion. Elle oblige à s’interroger sur la suite du processus de paix et sur les acteurs avec lesquels les négociations doivent se poursuivre », explique le professeur Muhindo Mughanda.
Au sein de la société civile, Laurent Mugiraneza exprime, pour sa part, une profonde déception face à cette initiative. Il estime que le parcours de Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, suscitait d’autres attentes, notamment en matière de stabilité politique et de recherche de solutions pacifiques aux crises nationales.
« Cette décision est une déception au regard du parcours de l’ancien chef de l’État. La population attend des initiatives capables de favoriser la paix et la stabilité, alors que le recours aux armes continue d’aggraver les souffrances dans l’Est du pays », déplore Laurent Mugiraneza.
La création du FRN intervient alors que les efforts diplomatiques visant à mettre fin aux affrontements entre les forces gouvernementales et l’AFC-M23 restent confrontés à de nombreuses difficultés. La nouvelle structure affirme vouloir coordonner les forces de résistance et évoque le recours à tous les moyens, y compris la force. Cette orientation suscite des préoccupations quant aux conséquences possibles sur les négociations et sur la situation des populations affectées par le conflit.
De son côté, le professeur docteur Dady Saleh, coordonnateur national de la Réserve armée de la défense (RAD), appelle à une mobilisation générale des Congolais face à ce qu’il considère comme une menace pour la République. Son appel s’inscrit dans un contexte où la défense de l’intégrité territoriale et la recherche d’une issue durable à la crise sécuritaire demeurent au cœur des préoccupations nationales.
« Face à cette situation, les Congolais doivent prendre la mesure des enjeux et se mobiliser pour défendre l’intégrité territoriale du pays. La réponse à cette menace doit également s’accompagner d’une réflexion sur les moyens de restaurer durablement la paix », estime le professeur docteur Dady Saleh.
Entre inquiétudes sécuritaires, critiques politiques et appels à la mobilisation, la création du FRN ouvre une nouvelle séquence dans la crise congolaise. Ses conséquences sur les rapports de force dans l’Est du pays et sur les initiatives diplomatiques restent à observer, tandis que les populations de la région continuent d’attendre des avancées concrètes vers la sécurité et la paix.
Degusto Muhindo, au Nord-Kivu