Kirumba face à l’érosion des sols : une étude alerte sur l’insuffisance des techniques de lutte antiérosive

Kirumba face à l’érosion des sols : une étude alerte sur l’insuffisance des techniques de lutte antiérosive

Des chercheurs de l’ISEAVF/Kirumba recommandent des mesures urgentes pour protéger les terres agricoles et limiter les risques environnementaux dans cette commune rurale du territoire de Lubero

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Moïse Ndungo

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Une étude scientifique menée dans la commune rurale de Kirumba, en territoire de Lubero au Nord-Kivu, met en lumière la gravité de l’érosion des sols qui menace les terres agricoles, les infrastructures et les moyens de subsistance des populations locales. Réalisée par Mumbere Saambili Jean, Baraka Kibango Katembo et Katembo Kamanga Donnat, tous affiliés à l’ISEAVF/Kirumba, cette recherche révèle que les techniques actuellement utilisées par les habitants restent largement insuffisantes face à l’intensité des pluies et à la forte pente des terrains.

L’investigation a été conduite sur le versant Est de la colline Vutsimba, dans le quartier Birere, une zone particulièrement exposée aux ravinements. Les chercheurs rappellent que la commune de Kirumba se situe dans une région montagneuse où les altitudes oscillent entre 1 700 et 2 000 mètres, avec une pluviométrie moyenne annuelle estimée à 1 600 mm. Ces conditions naturelles, combinées à l’urbanisation croissante et aux activités humaines, accélèrent considérablement le phénomène d’érosion.

Selon les résultats de l’enquête menée auprès de 37 habitants, plus de 81 % des personnes interrogées connaissent l’existence de l’érosion et ses conséquences. Cependant, très peu appliquent effectivement des mesures de lutte antiérosive dans leurs parcelles. Les chercheurs notent que seuls 18,92 % des hommes et 5,41 % des femmes interrogés mettent en œuvre des techniques de protection des sols.

Les habitants utilisent principalement des méthodes traditionnelles comme le paillage, l’agroforesterie, les terrasses rudimentaires, le boisement ou encore le remplissage des sacs de terre pour freiner les ravines. Mais ces solutions demeurent fragiles face aux fortes précipitations observées dans la région.

« Cette réalité s’observe même sur terrain à l’heure actuelle en commune de Kirumba où plusieurs parcelles sont érodées et risqueraient de disparaître sur la carte de la commune si des mesures adéquates ne sont pas prises immédiatement », soulignent les auteurs de l’étude.

Les chercheurs insistent également sur les conséquences sociales et économiques de l’érosion. Les pertes de terres cultivables affectent directement la production agricole, principale activité économique de la population locale.

L’étude mentionne aussi des destructions d’infrastructures, des risques pour les habitations ainsi que des pertes en vies humaines signalées dans certaines zones touchées par les glissements de terrain.

Parmi les propositions formulées par les habitants figurent la plantation des bambous et des eucalyptus, l’organisation des travaux communautaires de type “salongo” pour boucher les ravines, la construction de micro-barrages ainsi qu’une intervention plus soutenue de l’État. Plus de 21 % des enquêtés considèrent d’ailleurs que la lutte antiérosive relève principalement de la responsabilité des pouvoirs publics.

« Cette façon de penser que seul l’État pourra intervenir pour protéger nos fonds fonciers risquerait d’aggraver la situation sur terrain si nous ne prenons pas aussi nos responsabilités en main », préviennent les chercheurs.

Dans leurs recommandations, les auteurs préconisent des solutions plus durables et techniquement adaptées aux fortes pentes de Vutsimba.

Ils suggèrent notamment l’aménagement de terrasses radicales, l’utilisation des fascines végétales, l’installation de haies de vétiver ainsi que le recours à des espèces agroforestières mieux adaptées que l’eucalyptus, jugé trop gourmand en eau.

L’étude recommande aussi une meilleure organisation des travaux communautaires et une stricte régulation des constructions dans les zones à risque, notamment sur les terrains dont la pente dépasse 35 %.

Les chercheurs estiment enfin que la lutte contre l’érosion doit devenir une priorité collective afin de préserver les terres agricoles, renforcer la sécurité alimentaire et protéger les populations de Kirumba contre les catastrophes environnementales de plus en plus fréquentes dans cette partie du Nord-Kivu.

Depuis Kirumba, le chercheur Mumbere Saambili Jean

 

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