La mairie de Kindu a lancé une opération de démolition de plusieurs centaines de hangars, kiosques et étalages installés de manière anarchique le long des grandes artères de la ville et dans sa périphérie. Ordonnée par le maire de la ville, Augustin Mulamba, cette action vise à libérer les emprises publiques et à améliorer l’image urbaine de Kindu. Toutefois, l’opération suscite des réactions diverses au sein de la population, notamment chez les petits commerçants concernés, dont plusieurs dépendent de ces activités informelles pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
Ces installations de fortune, occupées principalement par des vendeuses et vendeurs à la sauvette, servaient de points de commerce pour de nombreuses familles. Parmi les personnes touchées figurent également des jeunes diplômés universitaires sans emploi, contraints de se tourner vers le petit commerce informel pour assurer leur survie dans un contexte économique difficile.
Pour les autorités urbaines, cette opération répond à une nécessité d’ordre public et d’aménagement urbain. La mairie estime que l’occupation anarchique des espaces publics contribue à l’encombrement des routes, favorise l’insalubrité et complique la circulation des personnes et des véhicules.
« La ville doit retrouver son visage normal. Les grandes artères ne peuvent pas être transformées en marchés improvisés ou en zones occupées sans autorisation. Notre objectif n’est pas de combattre les petits commerçants, mais de mettre de l’ordre dans la gestion de l’espace public et de garantir un environnement urbain plus sécurisé pour tous », a expliqué un responsable municipal proche du dossier.
Du côté de la société civile, l’initiative est accueillie avec prudence. Certains acteurs reconnaissent la nécessité d’assainir la ville, mais appellent les autorités à prendre en compte la situation sociale des personnes affectées par cette mesure. Selon plusieurs organisations citoyennes, une démolition sans accompagnement risque d’aggraver la précarité de centaines de familles qui dépendent de ces petits commerces pour leur survie. Elles plaident pour la mise en place d’alternatives, notamment l’aménagement des espaces commerciaux réglementés permettant aux vendeurs de poursuivre leurs activités dans un cadre légal.
« Nous comprenons la volonté des autorités de rendre la ville propre et organisée, mais il faut aussi regarder l’aspect humain. Derrière chaque hangar détruit, il y a une personne, une famille et parfois un jeune diplômé qui n’a trouvé aucune autre opportunité d’emploi. Nous demandons que cette opération soit accompagnée des mesures sociales afin de ne pas abandonner ces citoyens », a déclaré un acteur de la société civile de Kindu.
Les vendeurs concernés, pour leur part, demandent aux autorités urbaines de revoir leur approche et de privilégier le dialogue. Plusieurs d’entre eux espèrent obtenir des espaces aménagés où ils pourront exercer leurs activités sans être en conflit avec les règles d’urbanisme.
La mairie de Kindu n’a pas encore annoncé de dispositif précis d’accompagnement pour les commerçants touchés par cette opération. En attendant, le débat reste ouvert entre la nécessité d’une ville mieux organisée et l’urgence de préserver les moyens de subsistance des populations les plus vulnérables.
Alumba Roger depuis Kindu