Autrefois principaux moyens de transport collectif dans la ville de Mbuji-Mayi, les taxi-bus et mini-bus cèdent progressivement leur place aux motos-taxis. Aujourd'hui, ces véhicules ne circulent presque plus que sur un seul axe de la capitale du Kasaï-Oriental, illustrant une profonde mutation du secteur du transport urbain. Cette évolution soulève des interrogations sur les causes de la disparition progressive des transports collectifs et sur ses conséquences pour les usagers.
À Mbuji-Mayi, les rares taxi-bus encore en activité sont essentiellement visibles sur l'avenue de l'Université, anciennement appelée avenue Maman Yemo. Ce tronçon demeure pratiquement le seul où ces véhicules continuent d'assurer un service régulier, alors qu'ils étaient autrefois omniprésents dans plusieurs communes de la ville.
Les habitants interrogés attribuent cette situation à l'essor spectaculaire des motos-taxis, devenues le moyen de déplacement privilégié d'une grande partie de la population. Plus rapides, capables d'emprunter des routes dégradées et d'atteindre des quartiers difficilement accessibles, les motos-taxis ont progressivement conquis le marché au détriment des véhicules de transport collectif.
« Les taxi-bus ne circulent presque plus dans la ville parce que les motos-taxis ont profondément changé les habitudes de déplacement. Les passagers recherchent aujourd'hui un moyen de transport plus rapide et qui les dépose directement à destination, même dans les quartiers où les routes sont en mauvais état. Les exploitants des taxi-bus éprouvent d'énormes difficultés à rentabiliser leurs activités et beaucoup ont fini par abandonner leurs véhicules ou les affecter à d'autres usages. C'est pourquoi l'avenue de l'Université reste pratiquement le seul axe où l'on peut encore apercevoir quelques taxi-bus », expliquent des acteurs du secteur du transport rencontré au cours du reportage réalisé par Franck Mbambi.
Cette disparition progressive touche particulièrement la partie est de Mbuji-Mayi, autrefois réputée pour ses nombreux comptoirs de diamant. Les taxi-bus desservent désormais difficilement cette zone, obligeant les habitants à recourir presque exclusivement aux motos-taxis, malgré les coûts parfois plus élevés et les risques liés à la sécurité routière. Pour plusieurs observateurs, cette mutation du paysage des transports urbains reflète également les difficultés économiques auxquelles sont confrontés les exploitants des véhicules de transport en commun. Entre l'état de dégradation des infrastructures routières, les coûts d'entretien des véhicules, la hausse des prix du carburant et la forte concurrence des motos-taxis, de nombreux propriétaires ont préféré retirer leurs bus de la circulation.
« La disparition des taxi-bus est aussi le résultat d'un manque d'investissements dans le transport public urbain. Si rien n'est fait pour améliorer les routes, soutenir les opérateurs et organiser le secteur, les motos-taxis deviendront bientôt l'unique moyen de déplacement collectif à Mbuji-Mayi. Pourtant, les taxi-bus restent indispensables pour transporter un grand nombre de passagers à moindre coût et contribuer à une mobilité plus sûre et plus durable. Les autorités gagneraient à réfléchir à une politique de relance du transport collectif afin de répondre aux besoins croissants de la population », estiment plusieurs usagers interrogés dans le cadre de ce reportage.
Alors que les motos-taxis continuent de s'imposer dans le paysage urbain de Mbuji-Mayi, la quasi-disparition des taxi-bus illustre les défis auxquels fait face le transport en commun au Kasaï-Oriental. Pour de nombreux habitants, la modernisation des infrastructures routières et l'organisation du secteur demeurent des conditions essentielles pour assurer une offre de transport diversifiée, accessible et adaptée à la croissance de la ville.
Constat de notre permanant au Kasaï Oriental, Franck Mbambi