En République démocratique du Congo, cette commémoration intervient dans un contexte de frustration croissante chez de nombreux jeunes de Butembo, qui dénoncent les difficultés d’accès à la fonction publique et réclament des recrutements plus transparents, inclusifs et fondés sur le mérite.
Alors que le monde célèbre ce mardi la Journée de la fonction publique, plusieurs jeunes de la ville de Butembo profitent de cette occasion pour interpeller les autorités congolaises sur la question de l’emploi des jeunes dans l’administration publique. Pour eux, l’accès aux services de l’État demeure un véritable parcours du combattant, marqué par la rareté des recrutements et, selon certains, par des considérations politiques qui limitent les chances d’intégration de nombreux diplômés.
Dans une ville où le nombre de jeunes diplômés ne cesse de croître, l’absence d’opportunités dans la fonction publique est devenue une source de préoccupation majeure. Beaucoup estiment que la jeunesse, pourtant présentée comme le moteur du développement et l’avenir du pays, peine à trouver sa place dans les institutions de l’État.
Parmi eux, Fabrice, étudiant à Butembo, s’interroge sur la faible représentativité des jeunes dans les services publics. Selon lui, il existe un décalage entre les discours officiels sur la promotion de la jeunesse et la réalité observée sur le terrain.
« On nous dit que les jeunes sont l’avenir de demain, mais lorsqu’il s’agit de participer à la gestion de l’État, nous avons l’impression d’être oubliés. Beaucoup de jeunes compétents attendent des opportunités qui ne viennent jamais », déplore-t-il.
Le même constat est partagé par Providence Birugho, journaliste basée à Butembo. Elle dénonce le manque d’offres d’emploi dans les services publics et estime que les annonces de recrutement de l’État sont devenues de plus en plus rares. Selon elle, les quelques campagnes de recrutement visibles concernent principalement les forces armées, alors que plusieurs autres secteurs de l’administration publique souffrent également d’un déficit de personnel et nécessitent de nouvelles compétences.
« Nous constatons que les recrutements dans la fonction publique sont devenus très limités. Pourtant, de nombreux services de l’État ont besoin de jeunes qualifiés. Il est important d’ouvrir davantage d’opportunités dans l’administration afin de permettre à la jeunesse de contribuer au développement du pays », souligne Providence Birugho.
Pour cette professionnelle des médias, le gouvernement devrait mettre en place des mécanismes de recrutement transparents, équitables et accessibles à tous les citoyens, indépendamment de leurs appartenances politiques ou de leurs réseaux de relations. Elle estime qu’une administration moderne et performante ne peut se construire sans une intégration progressive de nouvelles générations de cadres.
Au-delà des difficultés d’accès à l’emploi, plusieurs jeunes de Butembo considèrent également que l’absence de perspectives dans la fonction publique contribue à accentuer le chômage et le découragement au sein de la jeunesse. Certains craignent même que cette situation pousse de nombreux diplômés vers l’exode, l’informel ou la perte de confiance dans les institutions publiques.
Instituée pour reconnaître le travail des agents de l’État et promouvoir une administration efficace au service des citoyens, la Journée mondiale de la fonction publique rappelle aussi l’importance d’une gouvernance inclusive, capable de valoriser les compétences de toutes les couches de la population.
À Butembo, les voix qui se sont exprimées en cette journée convergent vers une même revendication : l’ouverture d’une fonction publique plus accessible, fondée sur le mérite et offrant de réelles opportunités aux jeunes. Pour ces derniers, l’avenir de la République démocratique du Congo dépend également de la capacité de l’État à intégrer sa jeunesse dans la gestion des affaires publiques et à lui permettre de participer pleinement au développement national.
Un papier de Degusto Muhindo, rendu par Christine Aziza, pour la RTEE KIVU