En République démocratique du Congo, la célébration de la Journée de l’Afrique intervient cette année dans un contexte particulier, marqué par la persistance de l’insécurité dans plusieurs provinces de l’Est du pays. Des territoires entiers du Nord-Kivu et de l’Ituri restent confrontés aux violences des groupes armés, aux déplacements massifs des populations ainsi qu’à une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.
Soixante-deux ans après la création de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue aujourd’hui l’Union africaine, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’écart grandissant entre les discours officiels sur l’intégration africaine et les réalités vécues sur le terrain. À Goma, plusieurs acteurs de la société civile et militants panafricanistes estiment que l’Afrique dispose déjà des ressources humaines, diplomatiques et stratégiques nécessaires pour résoudre ses propres conflits, mais qu’elle demeure freinée par des intérêts politiques divergents et un déficit de volonté commune.
Parmi ces voix figure celle de Vanmos Tafari, panafricaniste et artiste engagé basé à Goma. À l’occasion de cette Journée de l’Afrique célébrée ce 25 mai, il dresse un constat sévère sur la gestion des crises sécuritaires en Afrique et particulièrement en RDC. Pour lui, la répétition des conflits armés traduit avant tout l’incapacité des dirigeants africains à faire prévaloir l’intérêt des peuples sur les calculs politiques.
« Aujourd’hui, quand nous parlons de l’unité africaine, cela ne devrait pas rester un simple slogan récité lors des cérémonies officielles. L’Afrique possède suffisamment d’intellectuels, suffisamment de ressources et suffisamment de mécanismes pour résoudre ses problèmes. Ce qui manque, ce n’est pas l’intelligence collective ni les solutions. Ce qui manque réellement, c’est la volonté politique des dirigeants africains de défendre les intérêts de leurs populations avant leurs intérêts personnels ou géopolitiques. Tant que les chefs d’États continueront à privilégier des alliances circonstancielles au détriment de la stabilité du continent, nous assisterons toujours aux mêmes tragédies, aux mêmes déplacements de populations et aux mêmes souffrances des civils », a déclaré Vanmos Tafari au micro de Salomon Kwiraviwe, notre correspondant depuis la ville de Goma.
L’artiste engagé estime également que les crises qui secouent plusieurs pays africains depuis des décennies devraient pousser le continent à repenser en profondeur son modèle de coopération politique et sécuritaire. Selon lui, l’Afrique ne pourra prétendre à une véritable souveraineté sans une solidarité concrète entre les États et sans des institutions continentales capables d’imposer des réponses rapides face aux conflits.
« Regardons ce qui se passe dans l’Est de la RDC depuis des années. Les populations vivent dans l’insécurité permanente pendant que les sommets se multiplient et que les déclarations diplomatiques s’enchaînent sans résultats visibles sur le terrain. À un moment donné, l’Afrique doit arrêter d’attendre que les solutions viennent de l’extérieur. Les peuples africains attendent des actes forts. Ils attendent que les dirigeants africains prennent leurs responsabilités historiques pour protéger les citoyens et préserver l’intégrité des États. Sinon, les idéaux panafricanistes risquent de perdre progressivement leur sens auprès des jeunes générations qui grandissent dans la guerre, la pauvreté et le désespoir », a-t-il ajouté.
En cette Journée de l’Afrique, plusieurs observateurs rappellent que les aspirations panafricanistes restent encore largement présentes au sein des populations africaines, notamment chez les jeunes. Toutefois, la multiplication des conflits armés, des crises politiques et des tensions diplomatiques entre certains États du continent continue de fragiliser les ambitions d’intégration et de solidarité défendues depuis des décennies par les pionniers du panafricanisme.
À Goma comme dans d’autres villes de l’Est de la RDC, cette célébration du 25 mai prend ainsi une dimension à la fois symbolique et critique, dans un contexte où les attentes des populations envers les institutions africaines demeurent particulièrement fortes.
SalomON KWIRAVIWE, depuis Goma