Les autorités de facto de Goma ont engagé une vaste opération de réorganisation du commerce informel afin de libérer les principales artères de la ville. Désormais, les vendeurs installés le long des routes, sur les trottoirs et à proximité des grands carrefours sont invités à transférer leurs activités vers les espaces aménagés au Stade des Volcans. Présentée comme une mesure de modernisation urbaine, cette initiative vise à améliorer la circulation, renforcer l'assainissement et redonner aux espaces publics leur vocation première. Si le projet est favorablement accueilli par une partie de la population, il suscite également des inquiétudes parmi les petits commerçants qui redoutent une diminution de leurs revenus.
Depuis plusieurs années, l'occupation des trottoirs et des emprises routières par les activités commerciales constitue l'un des principaux défis de l'aménagement urbain à Goma. Aux heures de pointe, la circulation des véhicules et des piétons est régulièrement perturbée par la présence de marchés spontanés installés le long des principales avenues. Pour remédier à cette situation, les autorités ont décidé de concentrer progressivement les activités du commerce informel dans un espace unique, aménagé au Stade des Volcans, où les vendeurs pourront poursuivre leurs activités dans un cadre présenté comme plus organisé et plus sécurisé.
Selon les responsables de cette opération, cette réorganisation permettra non seulement de fluidifier la circulation routière, mais aussi de renforcer les conditions d'hygiène, de réduire les risques d'accidents et d'améliorer l'image de la capitale provinciale du Nord-Kivu.
« Notre objectif est de restaurer l'ordre dans les espaces publics tout en offrant aux commerçants un site mieux organisé. Les routes et les trottoirs doivent être réservés à la circulation des usagers. Cette mesure s'inscrit dans un programme global de modernisation urbaine destiné à améliorer durablement le cadre de vie des habitants de Goma », expliquent les autorités de facto.
Sur le terrain, cette décision divise les opinions. De nombreux habitants estiment que la libération des grandes artères facilitera les déplacements quotidiens et contribuera à rendre la ville plus propre et plus accessible. Ils soulignent que l'occupation anarchique des trottoirs oblige souvent les piétons à marcher sur la chaussée, augmentant ainsi les risques d'accidents de circulation. Plusieurs riverains considèrent donc cette initiative comme une réponse attendue à un problème qui perdure depuis plusieurs années.
En revanche, plusieurs vendeurs ambulants expriment leurs inquiétudes face à ce changement. Ils craignent que leur relocalisation vers un site unique entraîne une baisse significative de leur clientèle, largement composée de passants qui effectuent leurs achats au fil de leurs déplacements. Pour ces petits commerçants, la proximité avec les grands axes constitue un facteur essentiel de leurs revenus quotidiens, dans un contexte économique déjà marqué par de nombreuses difficultés.
« Nous comprenons la volonté d'organiser la ville, mais nous vivons essentiellement des achats effectués par les personnes qui passent devant nos étalages. Si nous sommes déplacés loin des axes les plus fréquentés, beaucoup d'entre nous risquent de perdre une grande partie de leurs revenus. Nous souhaitons que cette transition soit accompagnée afin de préserver nos moyens de subsistance », confient plusieurs vendeurs rencontrés sur place.
Face à ces préoccupations, plusieurs acteurs de la société civile et observateurs de la vie économique appellent les autorités à mettre en œuvre des mesures d'accompagnement pour faciliter l'adaptation des commerçants à leur nouvel environnement. Ils recommandent notamment l'aménagement d'infrastructures commerciales adéquates, l'amélioration de l'accessibilité au nouveau site, des campagnes de sensibilisation auprès de la population et, si nécessaire, un appui aux commerçants les plus vulnérables durant la période de transition.
Pour les autorités, cette opération dépasse le simple déplacement des vendeurs. Elle s'inscrit dans une vision plus large de restructuration de l'espace urbain, visant à concilier développement économique, sécurité routière, assainissement et amélioration du cadre de vie.
La réussite de cette réforme dépendra toutefois de la capacité des autorités à instaurer un dialogue permanent avec les commerçants et à mettre en place des solutions permettant de préserver leurs activités tout en répondant aux exigences d'une ville plus ordonnée et mieux organisée.
Dossier de Salomon Kwiraviwe depuis Goma