Ils reprochent aux élus nationaux de s'être davantage focalisés sur la proposition de loi référendaire alors que la situation sécuritaire continue de se détériorer dans l'Est de la République démocratique du Congo.
La session parlementaire ordinaire de mars 2026, ouverte le 16 mars et clôturée le 15 juin, est loin de faire l'unanimité dans la ville de Butembo. Plusieurs leaders sociaux et acteurs citoyens interrogés par la RTÉE KIVU dressent un bilan globalement négatif du travail accompli par les députés nationaux et les sénateurs durant ces trois derniers mois.
Parmi les voix critiques figurent l'assistant Léonce Akili Mali, cadre du groupe de pression Véranda Mutsanga, l'architecte Kabambi Kananga du mouvement citoyen « Éveil Citoyen », Frank Mukenzi, président du Conseil urbain de la Jeunesse de Butembo, Serges Makeo, secrétaire général des Jeunes Patriotes, ainsi que l'activiste Mayarwindi. Tous estiment que les priorités de la représentation nationale n'ont pas correspondu aux préoccupations urgentes des populations de l'Est de la RDC.
Selon eux, si quelques initiatives de contrôle parlementaire méritent d'être saluées, elles restent insuffisantes au regard de la gravité de la situation sécuritaire qui prévaut dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, où les massacres de civils continuent de faire des victimes.
« Nous sommes déçus de constater que pendant que des familles entières sont décimées dans l'Est du pays, le débat politique s'est essentiellement concentré sur la loi référendaire. La première mission d'un Parlement est de défendre les intérêts supérieurs de la nation et de répondre aux urgences qui menacent la vie des citoyens. Les massacres, les déplacements de populations, l'insécurité persistante et la crise humanitaire auraient dû constituer la priorité absolue des élus du peuple. Malheureusement, nous avons l'impression que les préoccupations politiques ont pris le dessus sur les préoccupations humaines et sécuritaires », regrettent plusieurs leaders sociaux de Butembo.
Les mêmes acteurs ne cachent pas leur scepticisme quant aux vacances parlementaires qui viennent de commencer. Ils affirment ne nourrir que peu d'attentes vis-à-vis des élus de Butembo, estimant que les promesses faites lors des précédentes intersessions n'ont pas toujours été suivies d'effets concrets. Cette méfiance s'exprime alors même que les députés nationaux ne sont pas encore arrivés dans leurs bases respectives.
Les critiques portent également sur les prises de position jugées intempestives de l'un des quatre députés nationaux élus de Butembo, sans toutefois que les acteurs sociaux n'en fassent le principal sujet de leurs préoccupations.
Concernant l'absence prolongée au pays de l'honorable Antipas Mbusa Nyamwisi, les interlocuteurs de la RTÉE KIVU considèrent cette situation comme un non-événement et estiment que le débat devrait davantage porter sur les résultats produits par les élus que sur leur présence physique.
« Le problème n'est pas de savoir qui est présent ou absent du pays. Ce qui intéresse la population, ce sont les résultats. Les citoyens de Butembo attendent des élus qu'ils plaident efficacement pour la paix, la sécurité, les infrastructures et le développement local. Aujourd'hui, les populations vivent dans la peur et l'incertitude. Elles veulent des solutions concrètes et non des débats qui semblent éloignés de leurs réalités quotidiennes. Les vacances parlementaires doivent être l'occasion pour les élus de revenir écouter leurs bases, rendre compte de leur mandat et apporter des réponses claires aux préoccupations de la population », insistent ces acteurs de la société civile.
Pour l'heure, députés nationaux et sénateurs restent mobilisés en prévision d'une éventuelle session extraordinaire qui pourrait être consacrée aux réformes constitutionnelles et à d'autres matières jugées prioritaires. Contactés par la RTÉE KIVU, certains députés élus de Butembo n'ont pas encore réagi aux critiques formulées à leur encontre, tandis que d'autres promettent de répondre aux inquiétudes de leurs électeurs à travers des séances de restitution qui devraient être organisées pendant les vacances parlementaires.
Dans une région toujours confrontée à l'insécurité et à de multiples défis socioéconomiques, les attentes de la population envers ses représentants demeurent élevées. La prochaine intersession parlementaire pourrait ainsi constituer un test de proximité et de redevabilité pour les élus de Butembo.