La menace d’une libération des patients atteints d’Ebola, internés dans le site d’isolement aménagé au sein de l’Hôpital général de référence de Kisangani, inquiète les acteurs de la société civile du Maniema. Face à la proximité entre la Tshopo et le Maniema, ces derniers appellent les autorités nationales et provinciales à agir rapidement pour éviter une éventuelle propagation de la maladie au-delà de la zone actuellement touchée.
Les acteurs de la société civile du Maniema tirent la sonnette d’alarme face à la situation qui prévaut autour de la prise en charge des malades d’Ebola internés dans le site d’isolement de l’Hôpital général de référence de Kisangani. Ils craignent qu’une éventuelle libération des patients par des prestataires de santé impayés ne provoque une crise sanitaire de grande ampleur.
Selon ces acteurs, des infirmiers affectés au site d’hébergement et d’isolement de Kisangani auraient menacé de cesser leurs activités, voire de libérer les malades, si leurs primes et autres avantages liés à leur travail ne sont pas régulièrement payés.
Cette situation suscite une vive inquiétude au Maniema, une province géographiquement proche de la Tshopo. Pour la société civile, une circulation incontrôlée des personnes infectées ou contacts à haut risque pourrait rapidement compliquer davantage la situation sanitaire dans les provinces voisines.
Le coordonnateur national de l’ASBL Citoyen Inconnu, qui lance cette alerte, demande aux autorités de tous les niveaux de prendre la mesure du danger et d’intervenir avant qu’une rupture dans la prise en charge des patients ne survienne.
« Nous lançons une alerte parce que la situation qui se passe à Kisangani risque de devenir très grave si les autorités ne prennent pas leurs responsabilités. Nous rappelons que les infirmiers affectés au site d’hébergement et d’isolement ont exprimé leur mécontentement concernant le non-paiement de leurs primes et ils menacent de libérer les malades si leur situation n’est pas réglée. Or, nous sommes face à Ebola, une maladie qui exige une prise en charge rigoureuse et une discipline sanitaire particulière. Si des malades sont libérés dans ces conditions, les conséquences pourraient être dramatiques, non seulement pour la Tshopo, mais aussi pour les provinces voisines, notamment le Maniema. Nous demandons donc aux autorités nationales et provinciales de prendre cette situation très au sérieux et de trouver rapidement une solution », alerte le coordonnateur national de l’ASBL Citoyen Inconnu.
Pour la société civile, il ne s’agit donc plus seulement d’un problème administratif ou financier concernant le personnel de santé. La question est désormais considérée comme une urgence de santé publique, compte tenu du caractère hautement contagieux de la maladie et des conséquences qu’une rupture de l’isolement pourrait entraîner.
Les acteurs du Maniema interpellent ainsi les autorités nationales, provinciales et les responsables de la riposte afin qu’ils s’assurent que les ressources destinées à la lutte contre Ebola soient utilisées de manière rationnelle et transparente. Ils estiment que les prestataires engagés dans la prise en charge des patients doivent bénéficier de leurs primes dans les délais afin de leur permettre de poursuivre leur travail dans des conditions acceptables.
Le coordonnateur national de l’ASBL Citoyen Inconnu insiste également sur la responsabilité morale des professionnels de santé, tout en rappelant que celle-ci doit être accompagnée par des conditions de travail appropriées.
« Nous interpellons les autorités parce qu’il ne faut pas attendre qu’une catastrophe arrive pour commencer à chercher des solutions. Les fonds qui sont alloués à la riposte contre Ebola doivent être utilisés rationnellement et les prestataires doivent être payés conformément aux engagements pris. Nous demandons également aux professionnels de santé de respecter leur serment et leur responsabilité vis-à-vis des malades. Mais il faut être clair : on ne peut pas demander à un personnel de travailler durablement sans rémunération. La science sans conscience est nulle, mais la conscience professionnelle doit aussi être soutenue par une gestion responsable des ressources et par le respect des droits des prestataires. Aujourd’hui, il faut agir pour empêcher que cette situation ne se transforme en une hécatombe », prévient-il.
La société civile du Maniema appelle par ailleurs à une coordination renforcée entre les autorités sanitaires de la Tshopo et celles des provinces voisines. Elle estime qu’une stratégie anticipative est nécessaire afin de limiter les risques de propagation de la maladie, particulièrement dans les zones où les mouvements de personnes sont importants.
Les organisations de la société civile demandent également que les mécanismes de supervision de la riposte soient renforcés, afin de garantir que les besoins des équipes médicales et des patients soient régulièrement évalués. Pour elles, la prise en charge d’une épidémie ne peut être efficace sans personnel motivé, disponible et correctement accompagné.
La crainte exprimée par les acteurs du Maniema intervient donc dans un contexte où la moindre défaillance dans le dispositif d’isolement pourrait avoir des répercussions importantes sur la santé publique. Ils appellent toutes les parties prenantes à privilégier le dialogue et à éviter toute décision susceptible de mettre en danger les patients, les soignants et les communautés.
Au-delà du paiement des primes, cette alerte remet ainsi en lumière la nécessité d’une gestion rigoureuse et transparente des moyens consacrés à la riposte contre Ebola. Pour la société civile du Maniema, les autorités doivent agir avant toute rupture de prise en charge, car dans une épidémie, quelques heures de retard peuvent suffire à aggraver considérablement les risques.
La société civile espère donc une intervention urgente des autorités afin de garantir la continuité des soins et de l’isolement des malades à Kisangani. Elle appelle surtout à éviter que des difficultés financières ou administratives ne viennent fragiliser un dispositif sanitaire dont dépend la protection de milliers de personnes, dans la Tshopo comme dans les provinces voisines, notamment le Maniema.
Enzale Balewa, depuis Kindu