Butembo : plus de 1 500 machinistes de l'AMK au chômage, l'insécurité paralyse l'exploitation forestière et fait flamber le prix des planches

Butembo : plus de 1 500 machinistes de l'AMK au chômage, l'insécurité paralyse l'exploitation forestière et fait flamber le prix des planches

G

Ghislain Lukambo

180 0

Plus de 1 500 jeunes membres de l'Association des machinistes au Kivu (AMK) sont contraints au chômage, victimes de l'insécurité qui sévit dans leurs zones de prestation, notamment celles consacrées au sciage de planches et à la coupe d'arbres. Une situation qui désorganise le secteur du bois à Butembo et se répercute déjà sur la qualité et le prix des planches vendues sur le marché.

Selon Kambale Manzekele Merveille, président de l'association, les forêts environnant la ville de Butembo, y compris celles situées plus en profondeur dans la province, sont devenues inaccessibles à cause de l'insécurité. Privés de leurs chantiers habituels, les machinistes ne peuvent plus exercer un métier qui faisait vivre de nombreuses familles.

« Nos membres ne peuvent plus aller travailler là où ils avaient l'habitude de le faire. Les forêts autour de Butembo, et même celles qui se trouvent loin à l'intérieur de la province, sont devenues inaccessibles à cause de l'insécurité. Plus de 1 500 jeunes de notre association sont aujourd'hui sans activité, alors que ce métier nourrissait leurs foyers. Ils restent à la maison, faute de pouvoir accéder aux zones d'exploitation en toute sécurité », a déploré Kambale Manzekele Merveille.

Conséquence directe de cette crise, les quelques planches visibles sur le marché de Butembo ne sont pas de bonne qualité. Elles proviennent d'arbres qui n'ont pas encore atteint leur maturité, essentiellement des eucalyptus, exploités sur les axes Musienene, Manguredjipa et Isale, dans des concessions appartenant à certains commerçants.

« Les planches que l'on trouve aujourd'hui sur le marché ne sont pas de bonne qualité, parce qu'elles sont fabriquées à partir d'arbres qui ne sont pas encore à terme. Il s'agit surtout d'eucalyptus, coupés sur les axes Musienene, Manguredjipa et Isale, dans des concessions appartenant à certains commerçants. Faute de pouvoir accéder aux vraies forêts, on se rabat sur ce qui est disponible, et cela se ressent sur la solidité des planches », a expliqué le président de l'AMK.

Paradoxalement, malgré cette baisse de qualité, le prix de la planche a déjà grimpé sur le marché en raison de la rareté. Il est passé de 4 à 6 dollars américains l'unité, confirme le responsable de l'association.

« Même si ces planches ne sont pas de bonne qualité, leur prix a augmenté à cause de la rareté. Hier, l'unité se vendait à 4 dollars ; aujourd'hui, elle coûte 6 dollars. Ce sont les acheteurs, notamment ceux qui construisent, qui en paient le prix, alors qu'ils n'ont pas toujours un matériau de qualité en échange », a précisé Kambale Manzekele Merveille.

Face à cette situation, le président de l'AMK lance un cri d'alarme aux autorités compétentes. Il les invite à s'investir pour rétablir la sécurité dans les zones d'exploitation forestière, ce qui permettrait, selon lui, de retrouver des planches de qualité, de relancer le secteur et de lutter contre le chômage des jeunes.

« Nous lançons un appel aux autorités compétentes afin qu'elles rétablissent la sécurité dans les zones d'exploitation forestière. C'est la condition pour que nos membres reprennent le travail, pour que le marché retrouve des planches de qualité et pour que ces jeunes cessent d'être au chômage. Le secteur de la construction connaît un réel essor à Butembo, et nous avons les bras pour répondre à cette demande, à condition de pouvoir travailler en sécurité », a-t-il plaidé.

Cet appel intervient dans un contexte où le secteur de la construction connaît un essor en ville de Butembo, avec une demande soutenue en matériaux de charpente et de menuiserie.

Entre insécurité persistante, chômage des jeunes et renchérissement des matériaux, la relance de l'exploitation forestière apparaît comme un enjeu à la fois sécuritaire et économique pour la ville.

Ghislain Lukambo

Tags : # Actualité # Butembo # Nord-Kivu # RDC

Articles similaires