Le bras de fer entre les opérateurs économiques et les services de perception des taxes se poursuit à Butembo. La Plate-forme des syndicats des commerçants et des associations sans but lucratif représentant les micros, petites et moyennes entreprises (MPME) maintient sa décision d'interdire, jusqu'à nouvel ordre, l'accès de certains agents des services étatiques à leurs boutiques et établissements. Une réunion de concertation est toutefois annoncée ce lundi 20 juillet à l'hôtel de ville sous la médiation de l'autorité urbaine, après plusieurs tentatives de dialogue restées sans suite.
La tension reste vive entre les commerçants de Butembo et les services de l'État chargés de la perception des taxes. Réunis au sein d'une plateforme syndicale regroupant les micros, petites et moyennes entreprises, les opérateurs économiques dénoncent ce qu'ils qualifient de pression fiscale excessive, qu'ils jugent incompatible avec la situation économique actuelle de la région. Jusqu'à nouvel ordre, cette plateforme maintient sa mesure interdisant aux agents de certains services étatiques d'effectuer des opérations de perception dans les boutiques et entreprises de ses membres. Les responsables de cette structure estiment que les nombreuses taxes et redevances imposées aux commerçants fragilisent davantage un secteur déjà durement affecté par l'insécurité persistante dans le Grand Nord du Nord-Kivu.
Selon eux, la baisse du pouvoir d'achat de la population, les conséquences économiques des conflits armés ainsi que l'arrivée massive de personnes déplacées ont fortement réduit les capacités financières des opérateurs économiques. Dans ce contexte, ils considèrent que les multiples sollicitations fiscales compromettent la survie de nombreuses petites entreprises.
Une nouvelle rencontre est prévue ce lundi 20 juillet à l'hôtel de ville de Butembo. Placée sous la médiation de l'autorité urbaine, cette réunion réunira les représentants de la plateforme des commerçants et les responsables des différents services étatiques concernés. Les organisateurs espèrent que cette quatrième tentative permettra enfin d'engager un dialogue direct après trois rendez-vous qui n'ont pas pu aboutir.
« Les opérateurs économiques de Butembo et de Beni, particulièrement ceux qui évoluent dans le secteur des micros, petites et moyennes entreprises, traversent une période extrêmement difficile. Nos capitaux ont considérablement diminué à cause de l'insécurité, des perturbations des activités commerciales et de l'afflux des déplacés de guerre. Malgré cette réalité, nous continuons de faire face à une multiplication des taxes et à des pratiques que nous considérons comme des tracasseries fiscales. Nous demandons aux responsables des services étatiques de répondre présents à la réunion prévue à la mairie afin que nous puissions échanger directement et trouver des solutions équilibrées dans l'intérêt de tous. », a déclaré Kambale Tsongo Patrick, l'un des porte-parole de la plateforme.
Les responsables syndicaux affirment privilégier le dialogue, mais préviennent que leur mouvement pourrait se durcir si aucune avancée concrète n'est obtenue au terme des discussions. Ils indiquent que plusieurs commerçants sont déjà confrontés à des difficultés pour maintenir leurs activités et redoutent de nouvelles pertes si la situation perdure. La plateforme estime qu'il est indispensable de revoir les mécanismes de perception afin de les adapter aux réalités économiques locales. Elle plaide pour une fiscalité plus juste, plus transparente et davantage orientée vers l'accompagnement du tissu économique plutôt que vers son affaiblissement.
« Notre démarche n'est pas dirigée contre les institutions de l'État, mais contre des pratiques que nous jugeons excessives et inadaptées au contexte actuel. Nous souhaitons une fiscalité équitable, transparente et conforme aux capacités réelles des commerçants. Si les discussions prévues ce lundi ne débouchent sur aucune solution satisfaisante, nous nous réservons le droit de renforcer notre mouvement, y compris par la fermeture de nos boutiques, afin de faire entendre les préoccupations des opérateurs économiques de Butembo et de Beni. Nous restons néanmoins ouverts au dialogue et espérons qu'un compromis sera trouvé dans l'intérêt de toutes les parties. », a ajouté Kambale Tsongo Patrick.
La rencontre annoncée à l'hôtel de ville est attendue avec intérêt par les milieux d'affaires de Butembo et de Beni. Ses conclusions pourraient contribuer à apaiser les tensions entre les commerçants et les services de perception, tout en ouvrant la voie à des réformes susceptibles de concilier les impératifs de mobilisation des recettes publiques et les difficultés économiques auxquelles font face les petites et moyennes entreprises de la région.