À Butembo, la situation des balayeurs et évacuateurs d’immondices continue de susciter des inquiétudes. Ces travailleurs, chargés de maintenir la propreté du centre-ville, dénoncent des conditions de travail qu’ils qualifient d’inhumaines et de déplorables. Sur le terrain, plusieurs d’entre eux accomplissent leurs tâches sans équipements de protection adéquats, malgré les risques élevés de contamination auxquels ils sont exposés quotidiennement.
Le constat a été réalisé au croisement de l’avenue de l’Église et de la rue d’Ambiance par les reporters de la RTÉE Kivu. Sur place, l’évacuation des déchets s’effectue sans gants, sans bottes, sans cache-nez ni salopettes pour plusieurs ouvriers engagés dans ce travail d’assainissement.
Le chef d’équipe, l’ingénieur Richard, reconnaît la gravité de la situation sanitaire et sécuritaire dans laquelle travaillent ses agents. Il affirme que les travailleurs ainsi que les commerçants installés à proximité des tas d’immondices restent fortement exposés aux maladies, particulièrement dans un contexte marqué par les inquiétudes liées à Ebola.
« J’aimerais que les autorités puissent nous donner l’argent parce que notre salaire est trop peu sur base de ce travail. En augmentant notre salaire, nous serons encouragés. Mais aussi qu’ils nous dotent des tenues complètes », plaide-t-il.
Même cri d’alarme du côté des balayeurs et évacuateurs d’immondices. Plusieurs affirment risquer quotidiennement leur santé pour assurer la propreté de la ville et nourrir leurs familles. Ils réclament une amélioration urgente de leurs conditions de travail ainsi qu’une prime de risque adaptée aux réalités de leur métier.
« Nous faisons l’assainissement dans la ville, nous nous étonnons, nous demandons les salopettes, les bottes, les gants et les cache-nez. Pour ça nous nous disons de persister, peut-être nous aurons quelqu’un qui plaira pour nous afin de les avoir. Cette fois, nous aimons être payés ce mois car la vie est très difficile, nous nous sacrifions », témoignent-ils.
La situation inquiète également plusieurs commerçants opérant aux alentours des dépotoirs d’ordures. Certains dénoncent les retards dans l’évacuation des déchets et craignent les conséquences sanitaires liées à cette insalubrité persistante.
C’est notamment le cas de Kamate Ezechiel, commerçant au centre-ville de Butembo, qui estime que les autorités doivent soutenir davantage ces agents chargés de protéger la communauté contre les risques sanitaires.
« Nous restons dans cet environnement sale à cause du retard d’évacuation de ces immondices. Nous avons peur mais nous n’avons pas où aller. Pour ça, nous résistons aux saletés, mais ça ne nous plaît pas. Le cache-nez que nous devons acheter ne peut rien résoudre. Ce que nous demandons, c’est qu’ils s’efforcent, peut-être qu’ils n’ont pas des matériels suffisants pour travailler. Eux, effectuer ce travail, ils nous protègent ; que l’État les protège avant de nous protéger. Parce qu’ici on jette des déchets de toute sorte, que tu ne peux toucher seul », explique-t-il.
Cette situation intervient alors que la Dynamique Sekera a déjà adressé une pétition aux autorités compétentes pour solliciter l’implication du gouvernement provincial dans l’assainissement de la ville de Butembo. Réagissant à cette démarche, le mandataire de la mairie de Butembo estime pour sa part que Maître Sekera chercherait davantage un positionnement politique, tout en minimisant les critiques formulées contre la gestion de l’assainissement urbain.
Les autorités urbaines affirment néanmoins poursuivre leurs efforts afin de répondre aux défis environnementaux auxquels la ville de Butembo reste confrontée.
BABACAR VIKWA en collaboration avec CHRISTINE AZIZA.