Alors que la riposte contre la maladie à virus Ebola (MVE) se poursuit à Butembo et dans ses environs, la question des Enterrements Dignes et Sécurisés (EDS) reste au cœur des sensibilisations communautaires. Pour le sociologue Mbusa Mayani Théophile, les mesures de prévention ne doivent pas être perçues comme une rupture avec les us et coutumes africains. Il estime qu’il est possible de préserver la dignité du défunt et les principaux rites funèbres tout en supprimant uniquement les pratiques susceptibles de favoriser une contamination.
Selon ce sociologue, les rites funéraires occupent une place importante dans la conception africaine de la mort et dans la vie de la communauté. Le non-respect de certaines pratiques traditionnelles peut être perçu comme une atteinte à la dignité du défunt et à la mémoire de la famille. Toutefois, dans le contexte de la MVE, certaines habitudes doivent être adaptées afin de protéger les vivants, notamment en évitant tout contact direct avec le corps d’une personne décédée. Mbusa Mayani Théophile explique que les EDS ne constituent donc pas une suppression générale des rites funéraires, mais plutôt une adaptation des pratiques qui présentent un risque sanitaire.
« Dans notre société africaine, l’enterrement d’un mort ne représente pas seulement une simple mise en terre. Il existe toute une conception autour de la mort, avec des rites qui permettent à la famille et à la communauté de rendre hommage au disparu et de l’accompagner dignement. Lorsqu’on parle aujourd’hui d’Enterrements Dignes et Sécurisés, il ne faut donc pas comprendre qu’on demande à la population d’abandonner complètement ses us et coutumes. Ce qui est suspendu, ce sont surtout les pratiques qui nécessitent un contact physique avec le corps et qui peuvent favoriser la transmission de la maladie. Pour le reste, la dignité du défunt, l’accompagnement de la famille et les autres éléments compatibles avec la sécurité sanitaire peuvent être maintenus », a expliqué Mbusa Mayani Théophile.
Le sociologue appelle ainsi la population de Butembo et des zones environnantes à accueillir avec responsabilité les consignes données par les équipes sanitaires. Dans le contexte d’une maladie hautement contagieuse, tout contact avec un corps potentiellement infecté peut exposer les proches, les personnes chargées des funérailles et l’ensemble de la communauté. Il invite donc les familles à collaborer avec les soignants et les équipes de riposte, afin que les cérémonies funèbres puissent se dérouler dans le respect de la personne décédée, sans mettre en danger les personnes encore en vie.
« Nous devons comprendre que les Enterrements Dignes et Sécurisés sont avant tout une mesure de protection de la communauté. Il ne s’agit pas de manquer de respect à nos morts, mais de trouver une manière de les accompagner dans la dignité tout en protégeant les vivants. J’appelle donc la population à accepter les instructions des professionnels de santé, parce que le risque ne concerne pas uniquement une famille, mais toute la communauté. En cette période où nous devons être particulièrement prudents, il est important de faire confiance aux personnes qui connaissent les mesures de prévention et de respecter les consignes qui permettent d’éviter une éventuelle contamination », a insisté Mbusa Mayani Théophile.
Les recommandations relatives aux EDS ne concernent d’ailleurs pas uniquement les personnes décédées à la suite d’une maladie à virus Ebola. Les agents de la riposte recommandent également la prudence face aux corps de personnes mortes dans d’autres circonstances, notamment après un accident ou à la suite d’une autre maladie. Selon les explications régulièrement données lors des séances de sensibilisation, une personne peut avoir été porteuse du virus sans le savoir au moment de son décès. La manipulation du corps sans précautions peut alors exposer les proches et les personnes présentes aux cérémonies funèbres.
Dans ce contexte, les équipes de riposte encouragent les familles à signaler les décès et à collaborer avec les services compétents afin de permettre une prise en charge sécurisée des corps. Pour les acteurs communautaires, l’enjeu est désormais de renforcer la compréhension des EDS afin qu’ils soient considérés non comme une interdiction des traditions, mais comme une mesure temporaire destinée à préserver des vies tout en maintenant autant que possible la dignité des défunts.
Babacar Vikwa, depuis Butembo.