À Butembo, la majoration injustifiée des prix des produits commerciaux, communément appelée « Manze », alimente le débat sur l’éthique dans le commerce et les conditions de vie des travailleurs. Cette pratique consiste, selon plusieurs témoignages, à vendre volontairement certains produits au-delà de leur prix habituel, avec parfois des montants différents selon les clients. Pour Bishop Barthélemy Kabila de l’Église CHRISCO Butembo, le « Manze » constitue un péché lorsqu’il repose sur la tromperie et la volonté de tirer un avantage indu du consommateur. Il assimile cette pratique au mensonge et au vol et appelle les commerçants à privilégier l’honnêteté dans leurs activités.
À Butembo, le commerce occupe une place importante dans l’économie locale. Dans les boutiques, magasins et différents espaces de vente, les prix des produits varient en fonction de plusieurs facteurs. Mais la pratique consistant à augmenter volontairement le prix d’un article en fonction du client ou dans le seul objectif de réaliser un bénéfice excessif suscite des interrogations.
Pour le pasteur Barthélemy Kabila, la recherche du profit ne doit cependant pas conduire le commerçant à tromper son client. Il estime que lorsqu’un vendeur connaît la valeur réelle d’un produit et décide volontairement de présenter un prix injustifié dans le but de profiter de l’ignorance ou de la situation du consommateur, cette démarche porte atteinte aux principes de vérité et d’honnêteté.
« Lorsqu’une personne prend un produit qui a une valeur connue et décide volontairement de le vendre à un prix injustement élevé en trompant le client, nous retrouvons deux aspects qui sont condamnables : le mensonge et le vol. Le commerçant ne doit pas faire de la tromperie une source permanente de revenus. Nous devons travailler dans la vérité et dans l’honnêteté, parce que lorsqu’on gagne son argent en trompant les autres, on s’éloigne du chemin de Dieu. J’appelle donc les commerçants à revoir leurs pratiques et à éviter le Manze, parce que le gain obtenu par la tromperie ne peut pas constituer une bénédiction », affirme Bishop Barthélemy Kabila de l’Église CHRISCO Butembo, dans des propos recueillis par Ange Kavuya pour la RTEE Kivu.
Cette position place la question du « Manze » au-delà du simple rapport entre vendeur et acheteur. Elle soulève également une dimension morale dans laquelle le commerçant est appelé à considérer l’intérêt de son client et à éviter toute pratique fondée sur la tromperie.
Le phénomène est toutefois expliqué autrement par certains vendeurs. Dans le centre commercial de Butembo, une vendeuse ayant requis l’anonymat reconnaît l’existence de cette pratique et affirme que les difficultés professionnelles et financières constituent l’une des raisons qui poussent certains travailleurs à y recourir.
Selon elle, les retards de paiement et la faiblesse des salaires rendent difficile la satisfaction des besoins quotidiens. Elle explique également que, dans certaines boutiques, les vendeurs disposent d’une certaine marge dans la fixation des prix, ce qui peut entraîner une différence de montant pour un même produit selon le client.
« Nous sommes parfois obligés de chercher des moyens pour vivre parce que nos salaires arrivent en retard et qu’ils ne suffisent pas toujours pour répondre à nos besoins. Dans certaines boutiques, chaque vendeur fixe son prix et il peut arriver que le même article soit vendu à des prix différents selon le client. Je reconnais que cette pratique existe et qu’elle est appelée Manze ici, mais les conditions dans lesquelles nous travaillons nous poussent parfois à agir ainsi. Si les travailleurs étaient régulièrement payés avec des salaires suffisants, beaucoup de ces pratiques pourraient diminuer », témoigne une vendeuse d’une boutique du centre-ville de Butembo, sous anonymat, dans des propos recueillis par les reporters de la RTEE Kivu.
Ces explications mettent en évidence une autre dimension du problème : les conditions de travail dans le secteur commercial. La question du « Manze » ne concerne donc pas uniquement le comportement individuel du vendeur. Elle renvoie également aux relations entre employeurs et travailleurs, à la régularité des salaires et à la nécessité d’un meilleur encadrement du commerce.
Dans le premier acte de ce dossier, le chef de travaux Kasongo Moïse, directeur du cabinet Top Manager Company Tomaco, avait justement appelé les employeurs à améliorer les conditions salariales de leurs travailleurs. Il avait insisté sur la nécessité d’une rémunération décente et régulière, tenant compte du chiffre d’affaires de l’entreprise, du travail fourni et du SMIG.
Cette amélioration des conditions de rémunération peut contribuer à réduire certaines pratiques contestées dans les milieux commerciaux. Elle permettrait également aux travailleurs de mieux distinguer leur salaire des revenus obtenus à travers la vente des produits et de respecter davantage les règles fixées par leurs employeurs.
Le débat autour du « Manze » met ainsi face à face plusieurs responsabilités. Le commerçant doit pratiquer un commerce honnête, l’employeur doit assurer une rémunération équitable à ses travailleurs et le vendeur doit respecter les prix et les règles de l’établissement dans lequel il travaille. Le consommateur, pour sa part, doit également rester vigilant et chercher à connaître le prix réel des produits avant tout achat.
À Butembo, cette pratique interpelle donc aussi bien le secteur commercial que les responsables appelés à assurer la protection des consommateurs et le respect des règles du marché. La question dépasse désormais les seuls rapports entre vendeurs et acheteurs pour toucher à l’éthique professionnelle, aux conditions de travail et à la réglementation du commerce.
Le « Manze » reste ainsi au cœur d’un débat qui oppose la nécessité de réaliser des bénéfices aux exigences d’un commerce fondé sur la transparence. Pour le pasteur Barthélemy Kabila, aucun gain ne peut justifier la tromperie du client. Pour certains vendeurs, l’amélioration des conditions de travail constitue également une piste pour réduire ces pratiques.
La RTEE Kivu poursuivra ce dossier avec le regard d’un juriste sur les dispositions légales applicables à la majoration injustifiée des prix et aux pratiques commerciales susceptibles de porter préjudice aux consommateurs.
Ange Kavuya, depuis Butembo.