Butembo : l’agroécologie et l’agriculture hors sol recommandées face à la pression sécuritaire et à l’insécurité alimentaire

Butembo : l’agroécologie et l’agriculture hors sol recommandées face à la pression sécuritaire et à l’insécurité alimentaire

G

Ghislain Lukambo

78 0

Face à la réduction des espaces cultivables et à l’afflux des producteurs agricoles vers les centres urbains, la population de Butembo est appelée à valoriser les petites superficies disponibles dans les parcelles et à privilégier l’agroécologie ainsi que l’agriculture hors sol. L’appel est lancé par l’ingénieur agronome Kambale Muhendero Samuel, chargé des programmes au sein du Forum congolais de la société civile du bassin du Nil, FCBN, et de l’Action des communautés paysannes pour le développement intégré, ACPDI.

Selon cet expert, l’instabilité sécuritaire qui affecte plusieurs villages autour de Butembo a fortement perturbé les activités agricoles. L’exode rural provoqué par l’insécurité a entraîné le déplacement de nombreux producteurs vers les centres urbains, notamment Butembo, avec comme conséquence une pression accrue sur les espaces disponibles et une menace sur l’approvisionnement alimentaire.

« L’insécurité dans les milieux ruraux a poussé beaucoup de producteurs à quitter leurs champs pour venir s’installer en ville. Aujourd’hui, nous constatons que plusieurs agriculteurs se retrouvent à Butembo alors que la ville ne dispose plus de suffisamment d’espaces pour pratiquer l’agriculture traditionnelle. C’est pourquoi nous devons changer notre manière de produire et valoriser même les petites superficies qui existent dans les parcelles. L’agroécologie et l’agriculture hors sol peuvent permettre aux ménages de produire des légumes et d’autres aliments sans avoir besoin de grandes étendues de terres », explique l’ingénieur agronome Kambale Muhendero Samuel, chargé des programmes au FCBN et à l’ACPDI, dans des propos recueillis par Ghislain Lukambo pour la RTEE Kivu.

L’agronome encourage ainsi les ménages à transformer leurs espaces domestiques en petites unités de production. Selon lui, les déchets biodégradables produits quotidiennement dans les foyers peuvent être valorisés pour fabriquer du compost, lequel peut ensuite servir à enrichir les sols et favoriser la production de légumes et d’arbres fruitiers.

Cette approche permettrait également de réduire le gaspillage des déchets organiques tout en développant une agriculture adaptée aux réalités urbaines. Les ménages pourraient ainsi produire une partie de leur alimentation à partir de petits jardins aménagés dans leurs propres parcelles.

« Chaque ménage, quel que soit son statut social, peut commencer quelque chose dans sa propre parcelle. Même lorsqu’on dispose d’un espace très réduit, il est possible d’aménager un petit jardin, de fabriquer du compost à partir des déchets biodégradables et de produire des légumes ou des arbres fruitiers. On peut également associer cette activité à un petit élevage. L’objectif est que la famille puisse contribuer elle-même à sa sécurité alimentaire au lieu de dépendre entièrement du marché », poursuit Kambale Muhendero Samuel, ingénieur agronome et chargé des programmes au FCBN et à l’ACPDI.

Pour ce spécialiste, le développement de l’agriculture urbaine et hors sol constitue une réponse possible aux difficultés auxquelles sont confrontées les communautés déplacées des zones rurales par l’insécurité. Il estime que ces pratiques doivent être accompagnées par la sensibilisation et la formation des ménages afin de leur permettre d'adopter des techniques adaptées aux petits espaces.

La situation sécuritaire dans plusieurs zones rurales du Nord-Kivu continue en effet de perturber les activités agricoles. Des producteurs qui exploitaient auparavant de vastes espaces dans leurs villages se retrouvent désormais dans les villes, où l’accès à la terre est beaucoup plus limité.

Dans ce contexte, la valorisation des petites superficies disponibles à Butembo pourrait contribuer à renforcer la production locale et à réduire, à l’échelle des ménages, la dépendance à l’achat de certains produits alimentaires.

L’ingénieur agronome appelle ainsi les habitants à considérer leurs parcelles non seulement comme des espaces d’habitation, mais aussi comme de potentielles unités de production agricole. Pour lui, l’agroécologie, l’agriculture hors sol, le compostage et le petit élevage peuvent constituer des solutions accessibles pour renforcer progressivement la résilience alimentaire des familles.

Ghislain Lukambo, RTEE Kivu.

Tags : # Actualité # Nord-Kivu # RDC

Articles similaires